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Voyager dans le passé comme dans le futur est un rêve fabuleux qui a débuté au moment même où l'homme a pris conscience du temps qui passe. Qui n'a pas souhaité pouvoir retourner dans le passé pour retenir une parole ou faire un geste ? Un retour dans le temps permettrait, par exemple, sans trop oser s'attaquer à de vastes problématiques, d'éviter l'assassinat de personnalités brillantes ou, plus récemment, d'empêcher le pétrolier Erika de prendre la mer...
Savoureuse compensation, les auteurs de fiction ont tout permis à leurs héros : s'égarant dans un futur apocalyptique et vivant des intrigues insensées, ils pouvaient, dans le passé, devenir tour à tour justiciers ou devins.
AU SERVICE DE L'IMAGINATION
H. G.Wells a donné le ton en publiant en 1895 son roman La Machine à remonter le temps. Cet ouvrage de référence ne doit rien aux théories d'Albert Einstein puisque le futur brillant physicien allemand, alors âgé de 16 ans, n'était encore qu'élève d'un lycée technique de Zurich. Ne pouvant s'appuyer que sur les théories naissantes de la notion d'espace-temps , Wells eut la prudence de ne pas donner trop de détails scientifiques et il fut également attentif à ne pas envoyer son héros dans le passé, sans doute pour éviter de se heurter aux paradoxes temporels inextricables que nous allons présenter ici.
En revanche, le cinéma n'a pas hésité à s'en emparer. Dans des films comme Terminator, Retour vers le futur ou L'Armée des douze singes^ le cours du présent est modifié grâce à un retour dans le temps. Plus audacieux, le réalisateur français Cédric Klapisch a imaginé, dans le film Peut-être, que ce sont les futurs descendants du personnage principal qui s'immiscent dans le présent pour garantir leur existence à venir... Mais si cette fiction autorise d'incessants allers-retours entre le futur et le présent par le biais d'une simple trappe au plafond des toilettes d'un appartement parisien, le monde scientifique se heurte à de véritables casse-tête pour tenter de résoudre les équations physiques. Le voyage dans le temps serait-il donc impossible?
A La science-fiction a généralement appuyé ses scénarios sur un plan unidimensionnel, nous plaçant entre le passé et le futur. Or, pour envisager de fabriquer un jour La Machine à remonter le temps imaginée par H. G. Wells (gauche), il faut accepter l'idée qu'il existerait des dimensions différentes permettant d'accéder à d'autres univers.
CHANGER LE COURS DE L'HISTOIRE
Pour le savoir, il est nécessaire de rappeler quelques notions fondamentales. La théorie de la relativité restreinte posée en 1905 par Einstein a prouvé que rien ne peut se déplacer plus vite que la lumière et qu'il n'y a pas de temps absolu. Ainsi, plus un objet se déplace vite, plus le temps s'écoule lentement pour lui. Ce phénomène a été vérifié en déplaçant des horloges et en constatant leur décalage .
En 1916, la théorie générale de la relativité, toujours énoncée par Einstein, nous apprend que l'espace-temps n'est pas un plan figé mais qu'il se courbe selon la densité du corps qui le traverse. Quel corps serait suffisamment lourd et dense pour pouvoir percer l'espace-temps ?
LES TROUS DANS LE TEMPS
Quand une étoile a épuisé l'essentiel de son énergie disponible, elle commence à mourir. Elle peut alors exploser et former une supernova, ou bien s'effondrer sur elle-même et devenir si dense que les forces énormes qui tiennent ensemble les particules infra-atomiques sont surpassées et que l'étoile devient une masse bouillonnante de matière fondamentale et d'énergie. C'est un trou noir. Un trou noir a un champ gravitationnel tellement fort qu'il tord l'espace-temps. Il devient ce qu'on appelle une «singularité», un point où les lois de la physique élaborées par les scientifiques n'ont plus de poids.
En théorie/ deux singularités peuvent d'une certaine manière se « rencontrer » et se joindre pour créer un trou de ver (ci-dessus). On pense que le « passage » ou lien qui se forme ainsi réside à l'extérieur de notre continuum espace-temps et qu'il pourrait fournir un moyen pour voyager entre les espaces et traverser de vastes distances instantanément. Certains théoriciens pensent que les trous de ver pourraient joindre différents points du temps aussi bien que de l'espace. S'il en était ainsi, une personne disposant d'un vaisseau adéquat pourrait entrer dans un trou de ver et refaire surface à un autre moment du passé, en supposant qu'il trouve un trou de ver ouvert un peu plus longtemps qu'une infime fraction de seconde, temps d'ouverture supposé d'un trou de ver.
TROUS NOIRS
C'est le fameux trou noir, une région spatiale qui pourrait bien être la porte d'accès vers d'autres dimensions temporelles. Mais il est doté d'un tel champ gravitationnel qu'aucun corps, ni même la lumière, ne peux échapper à son attraction. Compte tenu de notre fragilité, comment entrer dans le trou noir sans être écrase par la densité infinie?
La réponse a cène question fut apportée par le mathématicien néo-zélandais Roy Kerr en 1963.. Il supposa que les trous noirs tournent autour d'un axe central. Ainsi. îi suffirait de trouver le point denue de force gravitationnelle, comme dans l'oeil d'un cyclone, pour pouvoir rentrer dans un trou noir.
Ce problème étant théoriquement résolu, ou irait alors l'objet qui est entraine dans ce tourbillon?
STEPHEN HAWK
Né le 8 janvier 1942, Stephen Hawking est l'un des spécialistes mondiaux des trous noirs et de l'espace-temps. Son livre le plus célèbre, Une brève histoire du temps (1988) est parmi les livres scientifiques les mieux vendus de ce siècle.
la carrière de Stephen Hawking a commencé lorsque, après avoir achevé une thèse de physique à l'université de Cambridge, en Angleterre, il devint chercheur à Oxford, où il travailla sur la physique des trous noirs* Au début des années soixante, il commença à manifester les symptômes d'une maladie des neurones moteurs, une sclérose amyotrophique latérale, qui attaque d'ordinaire des hommes plus âgés. Hawking accomplit désormais mentalement ses calculs et communique exclusivement par le biais d'un synthétiseur vocal informatique.
Poursuivant une carrière brillante, il a démontré, en 1974, que la théorie quantique impliquait que le puissant champ gravitationnel qui entoure les trous noirs émette des particules infra-atomiques et que ce courant pourrait nous permettre de « voir » un trou noir. Longtemps dubitatif sur la possibilité de pouvoir voyager dans le temps, il a récemment révisé ses idées et admet que de tels voyages pourraient en théorie être possibles. Son dernier ouvrage repose sur un débat l'opposant au physicien anglais Roger Penrose sur la question de La Nature de l'espace et du temps (Éditions Gallimard)
TROU DE VER
Selon Einstein, ce trou noir s'ouvre sur un puits qu'il a spontanément baptisé, par opposition, «fontaine blanche», et que Ton nomme aujourd'hui «trou de ver». Tout objet traversant ce puits serait expulsé en un autre point de l'espace et du temps...
Un trou de ver serait donc l'entrée d'une boucle temporelle permettant d'aller et de revenir dans le temps. Selon le phénomène de dilatation du temps prouvé par Einstein avec ses horloges, le temps s'écoulera différemment à l'entrée et à la sortie du tunnel.
En imaginant que le trou de ver se déplace à 99,99 % de la vitesse de la lumière, lorsque quarante-huit heures auront passé à l'entrée du tunnel, il ne se sera écoulé que 28 minutes à la sortie. Un voyageur traversant ce puits aura donc fait un voyage dans le temps de 47h32 minutes! C'est la maîtrise de la structure des trous de ver qui, ensuite, permettrait de choisir le moment précis du retour dans le passé. Il se pose alors un autre problème majeur: comment trouver ce fameux trou de ver puisqu'il existe à l'échelle microscopique et qu'il disparaît instantanément pour cause d'instabilité structurelle? La solution apportée en 1985 par Kip Thornede, du CalTech, démontre que la seule manière de maintenir ouvert un trou de ver serait de le tapisser d'une matière antigravitationnelle produisant une énergie négative. En 1996, on a expérimentalement mis en évidence cet effet « Casimir» en créant un champ électrique de forte puissance entre deux plaques séparées par le vide. Le champ électrique impose alors au vide une tension qui l'oblige à fluctuer jusqu'à ce qu'il donne naissance à des électrons. Ce qui revient à extraire de l'énergie du vide, celle-ci ne pouvant être que négative. En appliquant ce résultat expérimental à la gravitation, on peut alors envisager que tout soit encore possible en matière de création de champ antigravitationnel.
OBJECTION
Le physicien anglais Stephen Hawking émit une objection: pourquoi nos descendants, qui maîtrisent certainement cette technologie, ne nous rendent-ils pas visite? Il posa cette question pour pouvoir mieux y répondre. En l'état actuel des recherches, la théorie veut qu'une boucle temporelle soit créée.
Si on trouve l'entrée d'un trou de ver le 1er janvier 2000, l'entrée et la sortie commenceront leur existence à cet instant précis. La place de l'entrée évoluera au fil des années mais la sortie sera figée à sa date de création. Dans ce cas de figure, les générations futures ne pourront revenir qu'au 1er janvier 2000, date à laquelle aura été théoriquement créé le premier point de passage.
PARADOXES
Cette séduisante théorie nous laisserait donc croire qu'il serait possible de voyager dans le temps. Pourtant, deux paradoxes anéantissent cet espoir.
Imaginons que vous vous rendiez dans votre passé. Vous serez alors tenté d'intervenir sur votre histoire. Même un changement en apparence anodin pourra modifier radicalement le présent que vous avez quitté; à tel point que la personne que vous étiez dans le présent n'a peut-être plus eu l'opportunité de remonter dans le passé. Donc le voyage n'a pas eu lieu... et ainsi de suite. C'est le paradoxe de la circularité.
Supposons ensuite que vous rendiez visite dans le passé à un jeune peintre miséreux, en ayant pris préalablement soin d'emporter avec vous un catalogue de ses dernières oeuvres que s'arrachent les musées du monde entier. Vous lui montrez des reproductions d'un style très différent de ce qu'il fait à ce moment-là. Après votre retour, l'artiste ne pourra s'empêcher de reproduire ce qu'il a vu. Dans les faits, aucun changement n'est survenu, mais une question embarrassante se pose : qu'est-ce qui est arrivé d'abord, le voyage dans le temps ou l'oeuvre d'art?
Des paradoxes comme ceux-là violent les lois de la physique et posent des problèmes philosophiques car ils semblent annuler le principe du libre arbitre. Si on peut aller dans le futur, c'est qu'il est déjà arrivé, ce qui rend illusoire toute idée d'autodétermination. C'est donc pour ne pas nier les principes de causalité et de cohérence que la physique se devait d'élucider ces paradoxes ou d'oublier définitivement l'idée de voyager dans l'espace. C'est pourquoi les scientifiques ont abordé la tyrannie du temps sous un angle totalement nouveau.
REFAIRE L'HISTOIRE...
Les amateurs de war games s'amusent à recréer les grandes batailles du passé pour en changer l'issue, comme, par exemple, une victoire de Napoléon à Waterloo. Ils connaissent donc bien le principe de l'Uchronie qui joue sur les conséquences que pourrait avoir sur le cours de l'histoire ce qu'on appelle un « point de divergence ». L'un des plus anciens textes du genre est justement Napoléon à la conquête du monde, une histoire de la monarchie universelle par L. N. Geoffroy-Château, parue en 1836. La science-fiction s'est emparée du thème en y ajoutant des voyageurs temporels venant modifier, sciemment ou par accident, la trame de l'histoire.
Les Anglo-Saxons ont exploité toutes les ressources du genre mais les auteurs français ne sont pas en reste. Ainsi, Francis Richard-Bessière empêche-t-il l'assassinat d'Henri IV dans Croisière dans le temps (1951). Dans L'Homme qui vécut deux fois (1978), il fait tuer Eisenhower par mégarde, juste avant le Jour J du débarquement. Dans les deux cas, cette nouvelle version de l'histoire a, bien sûr, des conséquences dramatiques pour l'humanité. Pierre Barbet, quant à lui, dévoile un combat entre agents temporels pour éviter des dérèglements de l'histoire antique dans Rome doit être détruite (1983) et Carthage sera détruite (1984).
VERS L'INFINI... ET AU-DELA !
Pendant longtemps, la science-fiction a considéré l'espace interstellaire comme une sorte d'océan infini dans lequel les astronefs, se déplaçant tels de surpuissants sous-marins, pouvaient aller d'une étoile à l'autre. La popularisation des théories d'Einstein va provoquer une différenciation dans les modes de voyage. En simplifiant à l'extrême, on aura, d'une part/ les grandes «arches stellaires » se déplaçant en deçà de la vitesse de la lumière au cours de voyages durant plusieurs générations (tels que les décrit le scénariste de cinéma Claude Veillot dans son ouvrage paru en 1964, En un autre pays) et, d'autre part, des vaisseaux utilisant toutes sortes d'astuces plus ou moins scientifiques pour contourner le « mur de la lumière ».
Le ressort le plus utilisé par les auteurs s'appuie sur la notion « d'hyperespace », une dimension de l'espace* temps gouvernée par une physique moins contraignante. L'auteur Jmuny Guieu, récemment décédé, a même imaginé des univers imbriqués les uns dans les autres. Dans son ouvrage paru en 1951, Au-delà de l'Infini, les voyageurs cosmiques, atteignant les confins de notre structure stellaire, surgissent du genou d'une jeune fille appartenant à un univers « supérieur»...
DE NOUVELLES IDEES
Selon la mécanique quantique, la charge d'une particule est indéterminée jusqu'à ce qu'on la mesure. Au moment où l'on effectue cette mesure, l'univers se dédouble. Ainsi, la charge de la particule, positive dans notre univers, se révélera négative dans un univers parallèle. Certains scientifiques ont donc adopté une théorie, basée sur l'incertitude qui affirme qu'il existerait une quasi-infinité d'univers parallèles au nôtre, flottant dans ce qui est maintenant appelé un super-univers primitif, concernant des univers-bulles, nés des fluctuations quantiques de ce super-univers.
Le moyen le plus simple d'exprimer ce modèle de la réalité dérive des mathématiques. Chaque fois que deux événements sont possibles, l'univers tout entier se divise en deux, chaque nouvel univers continuant selon une ligne temporelle distincte. Supposez que vous ayez un important entretien d'embauché. Vous pouvez passer cet entretien avec succès et obtenir le poste, mais vous pourriez aussi manquer le train et votre rendez-vous. La théorie imagine que les deux événements se produisent et qu'ils créent deux univers parallèles.
De la même façon, supposons que vous remontiez le temps et que vous ayez envie de modifier votre destinée en empêchant votre grand-père d'aller à un rendez-vous où il rencontra votre future grand-mère. Même si vous arriviez à le convaincre et que vous le persuadiez de ne jamais se marier, il n'y a aucun paradoxe, parce qu'au moment où vous arrivez dans le passé, deux futurs possibles se sont alors déjà créés.
Alors, ce fameux voyage dans le temps, fantasme récurrent de la science-fiction, n'est peut-être pas la bonne problématique scientifique. Car en imaginant qu'une multitude d'univers cohabitent en dehors de notre entendement, le voyage du futur se situe peut-être là. Néanmoins, malgré ces théories encourageantes, il faudra sans doute encore des millénaires avant que n'existe une machine trans-univers. Mais ce jour-là, l'homme aura quand même réussi un tour de force car il possédera quelque chose de plus enivrant que la capacité de voyager dans le temps, il aura enfin le don d'ubiquité. Gravitant à volonté de tranches d'existences parallèles en hésitations à peine vécues3 il lui faudra adopter un nouveau langage à la mesure de cette vie arborescente où le futur plus-que-parfait et le subjonctif futur semi-conditionnel auront autant d'importance que le présent.
En concevant l'espace-temps comme un univers aux dimensions multiples, on peut imaginer qu'il existe des univers parallèles. Cette nouvelle conception est peut-être la voie qui permettra un jour d'effectuer un voyage dans le temps (encadré ci-dessous).
En 1963, les aventures de la série télévisée Dr Who (a gauche) sont directement inspirées des théories de Roy Kerr sur le voyage dans le temps.
Dans la trilogie Retour vers le futur du réalisateur Robert Zemeckis, l'inventeur Doc Brown crée une machine à voyager dans le temps très contemporaine : c'est une voiture de course fonctionnant à l'énergie nucléaire. Les intrigues des trois films sont basées sur certains paradoxes temporels.
LONGTEMPS RESTE LE DOMAINE RESERVE DE LA SCIENCE-FICTION ,
LE VOYAGE DANS LE TEMPS INTERESSE DESORMAIS BEAUCOUP LES SCIENTIFIQUES CAR IL EST THEORIQUEMENT POSSIBLE !
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