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Le Clonage réussi d'un mouton constitue-t-il le premier pas vers un vaste programme de duplication de l'humanité ? Cet avenir contraire à l'éthique est-il proche, ou de telles craintes sont-elles sans fondements ?
En remettant son chèque, Madame X a du mal à cacher sa fébrilité. Dans quelques mois, elle va accoucher d'un charmant bébé, une réplique vivante de la personne qu'elle admire le plus. Elle n'a jamais trouvé de partenaire désirant partager son envie d'avoir des enfants. Mais elle ne tient pas pour autant à donner naissance à un enfant par une méthode d'insémination artificielle car cette technique ne lui permet pas de s'assurer des qualités du père. En revanche, le clonage lui garantit un enfant exactement conforme à son désir. Elle a longuement hésité au moment de choisir «l'option plus» proposée par le dispensaire. En retenant cette formule, elle aurait pu disposer d'un matériel génétique provenant d'un athlète olympique ou d'un prix Nobel; mais elle y a renoncé pour des raisons de coût. Le clonage humain reste très cher, d'autant qu'il demeure illégal.
Finalement, Madame X s'est décidée à demander à l'un de ses collègues, qu'elle respecte beaucoup, une petite donation de tissu. Légèrement flatté, le collègue en question a accepté de lui donner quelques gouttes de son sang. Dans la salle d'attente du dispensaire, Madame X tient entre ses mains le précieux échantillon de cellules, et attend l'arrivée de l'infirmière...
HELLO DOLLY
L'annonce eu clonage d'un mouton rendit inévitable un débat la question des clonages humains . Au coeur de celte controverse, qui fit sensation dons le monde entier, se trouvait un agneau d'apparence tout à lait ordinaire : Dolly »
• Nom : agneau n° 6LL3 a.k.a. « Dolly »
• Lieu de naissance : institut Roslîn, Edimbourg, Ecosse.
• Aspect: image conforme de sa mère à partir de laquelle elle fut clonée.
• Intérêts : brouter l'herbe, rencontrer
la presse mondiale et refuser des invitations aux débats télévisés.
• Parents : une question difficile - bien qu'une brebis Scoffish Blackface ait donné naissance
à Dolly, sa mère génétique est une brebis Fînn Oorset Dolly n'a pas de père biologique.
• Âge; autre question difficile. Dolly est r
en août 1996, mais ses gènes furent créés plus de six ans auparavant.
kl on laissera vivre Dolly 'à un âge avancé. Toutefois, étant donné que ses gènes sont de seconde main, les chercheurs ne savent pas encore quelle sera sa durée de vie. Après sa mort, elle fera sans doute l'objet d'une autopsie détaillée.
UNE VERITE SCIENTIFIQUE
II y a encore peu d'années, ce scénario de clonage humain aurait été considéré comme de la pure science-fiction. Mais, le 27 février 1997, les généticiens du Roslin Institute d'Edimbourg (Ecosse) ont annoncé la naissance de Dolly. L'existence de cet agneau repousse les limites de la science même si, à première vue, Dolly n'a rien de particulier. Il s'agit d'une brebis blanche de race Finn Dorset tout a fait classique. Mais d'un point de vue scientifique, il s'agit d'une véritable s:ar : son origine est des plus remarquables. La brebis qui l'a mis au monde n'est pas sa mère, génétiquement parlant. Lorsque Dolly n'était qu'un oeuf, ses gènes furent remplacés par ceux d'une autre brebis adulte. En d'autres termes Dolly est un clone, une copie conforme d'une autre brebis d'âge mûr. Pour autant qu'on le sache, Dolly est le premier mammifère à être effectivement clone à partir d'un autre adulte. Depuis quelques temps deia les scienti-liques étaient en mesure de répliquer des organismes plus simples, En 1980, par exemple, en Chine. je> chercheurs réussirent à créer le premier poisson clone. Avant la naissance de Dolly. les scientifiques savaient deia comment cloner des mammifères - le premier mouton clone fut produit par Steen W'illadsen en 1984. Mais Dolly fait sensation, car elle est le premier mammifère a être clone à partir de cellules adultes. Tous les autres clones de mammifères produits jusqu'à présent provenaient d'embryons (le premier petit groupe de cellules à se développer lorsqu'un être vivant provient d'un seul oeuf). Jusqu'à l'arrivée de Dolly, la plupart des généticiens repoussaient à un jour lointain le moment où l'on pourrait cloner des cellules de mammifères adultes. Notamment parce que les cellules assument une fonction spécialisée au fur et à mesure du développement de l'organisme, de nombreux scientifiques pensaient qu'il serait impossible de prélever l'ADN d'une cellule adulte et l'implanter avec succès dans un oeuf. En effet, lorsqu'un organisme se trouve à son stade embryonnaire, toutes les cellules sont identiques. Au fur et à mesure que l'organisme se développe, les cellules se multiplient et se transforment en différents types de cellules qui remplissent chacune des fonctions distinctes. Certaines deviendront des cellules nerveuses, d'autres deviendront des cellules hépatiques conçues pour éliminer les toxines du sang. Dolly a apporté la preuve vivante de l'erreur d'appréciation faite par ces pessimistes.
Une équipe de recherches de l'université du Wisconsin (Dr Neal First à droite) travaille au premier clonage d'une vache, prévu début 1998; cette perspective risque d'être d'un grand intérêt pour les éleveurs.
CLONAGE HUMAIN
Dolly est un mammifère, comme nous. Il n'est donc pas surprenant que son irruption provoque un déluge de questions, par exemple, à l'instar de cet agneau, sur la possibilité de cloner un humain. En mars 1997, le docteur Ian Wilmut, l'embryologiste dirigeant l'équipe qui produisit Dolly, fut invité par le gouvernement britannique afin de débattre sur cette affaire. Wilmut adopta en cette occasion une attitude ouvertement opposée au clonage humain, considérant la question comme trop délicate. Il confirma cependant que, si l'on procurait aux scientifiques un millier d'oeufs humains pour leur travail expérimental, ils pourraient fort bien « faire des progrès significatifs après seulement deux ou trois ans de travaux». L'existence de Dolly a démultiplié les craintes nourries par de nombreuses personnes au sujet du clonage humain. Quel serait par exemple le statut d'une personne clonée? Serait-il possible de produire des clones, de les maintenir en un état de mort cérébrale et de s'en servir comme de vulgaires pièces de rechange ? Pourrait-on constituer des armées de soldats parfaits ? Des personnes souffrant de mégalomanie pourraient-elles cloner des milliers d'exemplaires d'elles-mêmes? Et est-ce que la personne clo-née parviendrait à s'accommoder du déséquilibre psychologique lié au fait qu'elle ne possède qu'un seul parent biologique ?
Tant de légitimes spéculations ne doivent pas faire oublier que, malgré tout, la création de Dolly fut très compliquée. Il a fallu 277 tentatives pour obtenir une réussite. Le clonage humain serait encore plus complexe. En outre, et l'écueil vaut pour de nombreux pays, le clonage humain est illégal.
UNE ARMEE DE CLONES
II a été signalé que le dictateur irakien Saddam Hussein (à droite) souhaiterait se dupliquer et qu'il aurait établi pour ce faire une unité de clonage à Bagdad. Dès l'acte de naissance de Dolly diffusé dans le monde, Saddam expédia, dit-on, un médecin en Grande-Bretagne avec pour mission d apprendre tout ce qu'il pouvait au sujet les techniques de clonage mises en oeuvre. L'information suscite les craintes qu'un mégalomane puisse utiliser la technique du clonage pour recréer une armée à sa propre image. Mais il est vraisemblable que les rêves de domination mondiale du dictateur ne puissent se réaliser ainsi. Un expert britannique, le professeur Winston, ironise sur la chose: «Saddam risque une très sérieuse déconvenue. Les clones sont incapables de répliquer quiconque sur le plan émotionnel ou culturel ; la ressemblance ne peut être que physique. Il n'est pas possible de créer un autre Saddam Hussein. Il est unique. En d'autres termes, rien ne garantit que la science soit capable de créer un autre fou. » En attendant, Bagdad regorgeant de petits Saddam n'est pas une perspective des plus ragoûtantes...
UNE ETUDE JUMELEE
II est possible de répondre à certaines questions préoccupantes relative au clonage simplement en étudiant des êtres humains déjà existant et partageant le même ADN. Ce phénomène fait rarement la manchette des journaux; il est produit par la nature et n'est pas le résultat d'une intervention technologique. Il s'agit des vrais jumeaux, personnes qui nous donnent un aperçu précieux sur le pouvoir des gènes dans la détermination de l'individu. Les jumeaux possèdent en effet exactement le même code génétique et acquièrent donc les mêmes traits physiques. Les chercheurs ont également constaté que leur quotient intellectuel ne présente généralement pas plus de cinq points d'écart, et qu'ils partagent souvent certaines caractéristiques mentales. Cependant, bien qu'ils disposent de la même identité génétique, chaque jumeau deviendra une personne distincte, avec une personnalité propre. Car tout ce qui se produit dans la vie d'un jumeau, et d'ailleurs dans la vie de n'importe quel autre être humain, affecte la personnalité. Les gènes ne sont pas a eux seuls responsables du schéma mental ou de la physiologie d'un individu. Par exemple, si un jumeau poursuit ses études alors que l'autre entre dans la vie active plus tôt, chacun aura des possibilités de carrière différentes, et us deviendront des adultes différents. De même, si un jumeau opte pour un mode de vie très actif alors que l'autre passe son temps à flâner au lit, leur aspect physique sera différent... l'un faisant du gras et l'autre pas !
Les clones humains seraient pour l'essentiel des jumeaux identiques produits de façon artificielle et, comme n'importe quelle autre personne, seraient donc affectés par l'expérience de la vie. En fait, contrairement aux jumeaux, qui généralement connaissent un environnement prénatal similaire, des clones peuvent expérimenter des conditions très différentes dans le ventre de la mère. Un clone, placé dans l'utérus d'une toxicomane par exemple, se développera d'une toute autre manière qu'un clone porté par une mère adepte de la vie saine.
LES DANGERS DU CLONAGE
L'importance de l'acquis -la façon dont nous nous développons et les expériences tirées de la vie- fait qu'il est impossible de recréer une personne simplement en réutilisant ses gènes. Si un futur dictateur produisait cent clones de lui-métqe, il se trouverait simplement avec sur les bras cent bebes présentant une ressemblance physique,, entre eux et avec lui. Ils auraient certainement des Q.I. proches et plusieurs traits de caractère communs, mais leur vie serait très différente de la sienne, ne serait-ce que parce qu'ils sont nés à un moment différent. De même, les clones d'une «top model» ne ressembleraient à l'original que dans la mesure où ils pourraient suivre exactement le même régime alimentaire tout au long de leur vie.
Les chances que tout cela se produise resteront très faibles tant que les décideurs et leaders d'opinion seront fermement opposes au clonage humain. Le ministre allemand de la Recherche et de la Technologie n'hésite pas a dire: «II n'y aura 'amais de :lone humain», tandis que l'écrivain >::enunque Jeremy Rifkin estime «que :e serait un crime horrible de faire une photocopie de quelqu'un». Une telle répulsion semble correspondre au consensus de l'opinion, mais il est impossible de savoir si ce statu quo perdurera. Il est possible que le concept du clonage devenant plus familier, les opinions changer.: Il rut un temps, par exemple, ou la rernlisation in vitro se heurtait a une :empe:e de protestations,ce qui n'est plus le cas. Alors que le clonage humain restera peut-être un champ de mines d'un point de vue éthique, il est certain que ses autres applications ouvrent des possibilités tout à fait surprenantes.
LE SECRET DU VIEILLISSEMENT
En effet, chacune des cellules de Dolly contient peut-être la clef de la solution de l'un des plus grands mystères, celui du vieillissement. Tous les organismes possèdent une durée dé vie limitée et, jusqu'à présent aucun être humain n'a dépassé 120 ans environ. Les scientifiques savent déjà que le vieillissement a un effet sur notre ADN. Lorsque nos cellules se divisent, l'ADN se sépare en chaînes distinctes, appelées chromosomes, véhiculant l'information génétique. La zone située à l'extrémité de chaque chromosome -que l'on appelle les « télomères » se détériore à mesure que nous vieillissons, tout comme les extrémités d'un bout de ficelle tend à s'effriter. Les scientifiques considèrent maintenant que notre âge limite est fonction du rythme auquel nos télomères se détériorent. Chose fascinante dans le cas de Dolly: son ADN provient de cellules adultes. Ce qui signifie que ses chromosomes ont déjà un peu vieilli. Ce facteur va-t-il affecter sa durée de vie? Ou bien ses télomères vont-ils rajeunir, lui donnant ainsi la possibilité de vivre une vie entière? Si les scientifiques parviennent à comprendre le fonctionnement des télomères de Dolly, ils sauront peut-être comment ralentir le processus du vieillissement. En attendant, les bénéfices pratiques sont limités. Lorsque les éleveurs produisent un animal fournissant une quantité optimale de lait ou de viande, leur seul espoir d'étendre ces caractéristiques positives à la totalité de leur cheptel réside dans la reproduction, un processus lent qui s'étale sur plusieurs générations. Comme le fait remarquer le docteur Ian Wilmut : •Un clonage limite pourrait accélérer considérablement ce processus, permettant à la productivité en viande ou en lait de la vache ou du mouton moyen de se rapprocher de celle des animaux les plus performants. »
ANIMAUX SUR MESURE
Dans les enclos situés à proximité de celui de Dolly, se trouvent des moutons dont le lait contient une substance extrêmement précieuse, à savoir des protéines humaines. Il s'agit de moutons • transgéniques», dont les gènes furent mélangés à des gènes humains. Ces protéines présentes dans le lait des ovins transgéniques pourront être utilisées dans l'avenir pour la fabrication de produits médicamenteux de haute technologie, destinés à combattre le diabète, les maladies inflammatoires, voire le cancer. Si l'on pouvait cloner ces moutons, les médicaments seraient moins chers et plus nombreux, bien au-delà de ce que l'on aurait pu espérer avant la naissance de Dolly. Il est donc envisageable que, malgré tout, cette affaire controversée aboutisse à un réel progrès pour tous.
Selon les experts, un clonage humain pourrait s'effectuer dans sept ans. Rares sont ceux qui semblent être favorables à cette éventualité, mais il est possible que l'instinct de défi prenne le pas sur les considérations éthiques.
Une fois l'oeuf du mouton fusionné avec la cellule du pis, l'embryon est implanté dans l'utérus d'un autre mouton qui, après une période normale de gestation, donnera le jour à un agneau... Finn Dorset.
Une pipette (à gauche) tient la cellule dont on a retiré le noyau. Une aiguille (à droite) tient la cellule du pis, prête à l'injecter dans l'oeuf. Une étincelle électrique permet alors de fusionner les deux cellules pour n'en faire qu'une seule.
Entre-temps, des cellules sont prélevées sur d'une brebis Finn Dorset. Une aiguille (à gauche) sélec une cellule isolée qui sera privée d'éléments nutritifs de à bloquer le processus normal de sa division cellulaire
La technique utilisée pour cloner «Dolly» dé avec un oeuf non fertilisé, prélevé sur un mouton de la Scottish Blackface, Une aiguille (à droite) retire le noyo l'oeuf (ADN y compris).
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