[http://www.lmsoft.com/] TROUBLES De Personnalité MULTIPLE
Plusieurs personnalités peuvent-elles vraiment coexister chez un seul individu? Qui sont ces gens qui un jour affirment SE PRÉNOMMER CHRISTINE ET LE LENDEMAIN SALLY? PETIT VOYAGE GUIDÉ AU PAYS DES DPM, DÉSORDRES DE PERSONNALITÉ MULTIPLE.
Les désordres de personnalité multiple (DPM) constituent un thème controversé de la psychiatrie. Les psychiatres français Pierre Janet (a gauche, 1859-1947) et américain Morton Prince (a droite, 1854-1929) furent les premiers à étudier systématiquement ce phénomène. Tous deux défenseurs de la théorie de la dissociation, ils interprétèrent les DPM comme l'existence simultanée de deux états de conscience.
Sally parcourt la campagne avec sur le visage une expression des plus vindicatives. Sa mission est simple : capturer le plus de serpents et d'araignées possible et les placer dans la boîte qu'elle tient bien fermement sous le bras. Lorsque la récolte lui semble suffisante, elle rentre chez elle et confectionne un paquet dans lequel elle transfère le contenu de la boîte. Ensuite elle poste le tout. Quelques jours plus tard, Christine Beauchamp, une jeune étudiante, reçoit le colis. Quand elle découvre le contenu du paquet, elle se met à hurler. Sa phobie des insectes et des reptiles la fait trembler de peur. Mais sa terreur se mue très rapidement en haine farouche envers Sally. Car elle en est certaine, c'est encore Sally, cette sadique, qui lui a envoyé ce maudit colis ! Mais ce que Christine ne sait pas, c'est que Sally vit dans sa tète... Surgissant à l'improviste, elle s'empare de l'esprit de Christine afin de la placer dans des situations angoissantes; de part et d'autre, la haine est réciproque. Une fois ses méfaits accomplis, Sally retourne dans l'inconscient de Christine, et laisse celle-ci se débrouiller avec les ennuis qu'elle lui a créés. Voilà une bien curieuse forme de masochisme !
CAS D'ECOLE Le cas de Christine Beauchamp est ainsi devenu un grand classique de ce que les psychiatres ont coutume d'appeler les «désordres de la personnalité multiple» (DPM). L'affaire survient vers la fin du XIXe siècle, alors que la connaissance médicale des maladies mentales est très limitée. Réalisant que son équilibre mental ne tient plus qu'à un fil, Christine Beauchamp consulte le docteur Morton Prince de laTufts Médical School, sise à Boston, États-Unis. Prince l'hypnotise et découvre étonné qu'au cours de la séance, une seconde personnalité, qu'il nomme B-2, semble s'emparer de Christine. Mieux encore, Prince remarque que B-2 expose les problèmes de Christine d'une manière bien plus claire que Christine elle-même. La séance se poursuivant, Christine commence à se frotter violemment les yeux. Lorsque Prince lui demande pourquoi elle fait cela, la voix de la patiente change brusquement; elle se durcit. Les traits du visage de Christine changent pour prendre une apparence plus folle; l'autre, Sally, «fait surface». Le docteur Prince imagine savoir à quoi il a affaire. Il pense que, pour une raison ou une autre, Christine Beau-champ trouve la vie trop déroutante pour l'affronter seule. Afin de résoudre cette situation angoissante, son esprit s'est scindé en plusieurs personnalités distinctes. Cet état de DPM peut être perçu comme un prolongement du comportement normal, dans le cadre duquel nous manifestons des émotions différentes pour répondre à des situations données. Mais ici tout se passe comme si ces états émotionnels avaient acquis une vie et surtout une personnalité propres. Par la suite, le docteur Prince entame une thérapie grâce à laquelle une troisième personnalité, B-3, se manifeste. B-3 est bien plus mûre que les autres personnalités de Christine et, en fusionnant B-3 avec Sally, Prince réussit à supprimer ses traits agressifs, permettant à la «véritable » Christine d'avoir plus de contrôle sur son esprit. Bien que Christine ne fut jamais totalement guérie, la thérapie aboutit à ce qu'elle puisse maîtriser sa dissociation et vivre une vie normale. Une bonne partie de notre compréhension moderne des DPM provient des travaux de Morton Prince (1854-1929) et ceux de son contemporain, le Français Pierre Janet (1859-1947).
joanne woodward
Joanne Woodward reçut l'Oscar pour son rôle dans The Three Faces of Eve [Les Trois Visages d'Eve, 1957), dans lequel elle incarnait une femme souffrant de DPM. Dans ce rôle, basé sur le cas authentique d'Eva White , Woodward jouait trois personnages: une ménagère, une femme fatale, et une femme équilibrée représentant les trois facettes d'une seule et même personnalité.
LA THEORIE DE LA DISSOCIATION Janet attribuait le DPM à la dissociation de la personnalité; il estimait que pouvaient coexister chez un même individu plusieurs personnalités autonomes entrant en conflit les unes avec les autres. Cette notion s'inscrivait dans le cadre plus vaste de l'hystérie, étudiée par Jean-Martin Charcot (1825-1893) à la Salpêtrière, à Paris. En bon élève de Charcot, Janet tenait le DPM pour une forme poussée de l'hystérie; le patient hystérique voyait s'affaiblir ses facultés de synthèse psychologique; de là une «tendance à la division permanente et complète de la personnalité» -qui chez le patient DPM se réalisait complètement. Cette théorie fut critiquée par les psychanalystes au tournant du siècle. Leur argument ne manquait pas de force : si Morton et Janet avaient diagnostiqué des cas flagrants de DPM, c'est qu'ils les avaient encouragés par leurs procédures thérapeutiques. Trop directifs, ils avaient poussé les patients à développer leurs personnalités alternatives... comme s'ils avaient voulu justifier de toutes pièces leur propre théorie de la dissociation. Cercle vicieux de la psychothérapie... Les psychanalystes iront même jusqu'à dire que le patient se jouait du médecin, exprimant l'ambivalence de ses sentiments par des prises de rôles variées. Quand elle était B-l, mademoiselle Beauchamp était soumise au docteur Prince; quand elle était B-3, elle se montrait aguicheuse. Et devenue B-4, la voilà rebelle. Par là même, la patiente éludait ses vraies difficultés psychologiques. Et, in fine, la thérapie avait échoué. C.Q.F.D.
Livre passionnant que celui du psychologue américain Nicholas Spanos, ancien directeur du Laboratoire d'hypnose expérimentale de l'Université de Carlton (É.-U.). Spanos montre comment, à chaque époque, l'homme a interprété différemment le problème des DPM (possession, spiritisme, naissance de la psychiatrie, etc.)* A noter un chapitre sur les enlèvements extraterrestres comme cas de faux souvenirs.
PIERRE, LUCIE... ET LES AUTRES Ce processus peut être illustré par le cas de «Lucie», une patiente hystérique traitée par Pierre Janet. Le psychiatre avait recours à l'hypnose. Alors que Lucie est en catalepsie, Pierre l'interroge: «M'entendez-vous?» «Non», répond Lucie par écrit. Pierre: «Mais pour pouvoir répondre, il faut que vous puissiez m'en-tendre. » Lucie : « Oui, absolument. » «Donc, quelqu'un doit être en train de m'entendre, n'est-ce pas?»«Oui.» «Qui est-ce?» «Quelqu'un d'autre que L.» «Bien! Une autre personne. L'appellerons-nous Blanche?» «Blanche, d'accord. » «Eh bien, Blanche... M'entendez-vous?» «Oui.» On voit bien ici qu'au début de la séance, Blanche n'existait pas; elle ne vient à l'existence qu'en vertu de l'interrogatoire directif de Janet... et bien pour complaire à ce dernier. Du reste, Lucie était rodée à ce genre de séance. N'avait-elle pas servi auparavant de médium lors de séances publiques ? Bref, l'attente de DPM, réciproque, se trouvait satisfaite de part et d'autre au terme de la séance. L'approche sceptique fut résumée par Henri Ellenberger dans son ouvrage Histoire de la découverte de 1'inconscient (Fayard, 1994): Après 1910, il y eut une vague de réactions contre le concept de personnalité multiple. L'on prétendit que les chercheurs [...] avaient été dupés par des patients mythomanes (dotés d'une tendance à mentir) et qu'ils auraient involontairement modelé les manifestations qu'ils observèrent,
JE EST UN AUTRE Néanmoins, cette interprétation sceptique des cas célèbres de DPiM ne rend pas compte de manière satisfaisante du phénomène. Le cas d'Eve White, porté à l'écran dans The Three Faces of Eve (Les Trois Visages d'Eve, 1957) par Corbett Thigpen et Hervey Cleckley, en constitue un bon exemple. Eve, une fondamentaliste chrétienne plutôt bégueule, souffrit toute sa vie durant de phases d'amnésie. Son mari finit par l'envoyer se faire soigner, consterné qu'il était par le fait qu'elle ait ramené à leur maison des vêtements sexy -et ceci sans se souvenir de les avoir achetés et sans pouvoir justifier son achat. Au cours de sa thérapie, elle changea soudain totalement de personnalité, devenant une nymphomane s'adonnant à la boisson et au tabac, qu'elle nommait Eve Black. «Black» affirmait s'être de nombreuses fois emparée d'Eve., la première fois à l'âge de six ans lorsqu'elle avait frappé sa propre soeur. Eve se souvenait d'avoir été punie pour cela, mais sans comprendre ce qui lui avait valu cette punition. Une troisième personnalité, «Jane», finit par se manifester. Elles purent être partiellement coordonnées au terme de la thérapie. L'importance de cette affaire tient au fait que, même si Eve Black et Jane ne s'étaient pas franchement manifestées avant le début de la thérapie, l'achat des habits sexy démontrait qu'Eve existait au préalable. L'explication la plus vraisemblable est la suivante: Eve Black serait l'incarnation d'un élément fantasmatique de l'inconscient d'Eve White, manifestant des désirs réprimés et servant d'échappatoire à une existence par ailleurs morne. Une conclusion qui rejoint la psychanalyse... sans dénier toutefois toute réalité au DPM.
LE CAS FLORENCE COOK les désordres de personnalité multiple pourraient expliquer de nombreux cas de la littérature paranormale traditionnellement tenus pour des canulars. Prenons le cas de Ia médium s pirîte Florence Cook , qui devint célèbre dans les années 1870. Elle disparaissait dans une cabine garnie de rideaux puis, vingt minutes plus tard, son guide spirituel, » Kalie King», en sortait et arpentait la pièce. Cock ne se livrait à cet exercice qu'en présence d'un public restreint et, à l'époque, les sceptiques firent remarquer l'étonnante ressemblance entre Katie et Florence. Le chimiste anglais sir William Craolces (1832-1919) s'éleva contre les accusations de fraude, déclarant qu'au cours d'une séance il avait ligoté Florence, en sorte qu'elle ne pouvait pas être Katie. Néanmoins, les rumeurs relatives à une aventure entre eux discréditèrent son Témoignage.Florence Cook était peut-être tin imposteur mais il est aussi possihle que «Katie» ait été une entité fantasmatique créée suite à un DPM, d'autant que Florence Cook avait manifesté des symptômes d'initabilité mentale au début de son existence. Elle vovait des entités depuis son enfance; une fois, elle s'était déshabillée en public, affirmant que les esprits l'y avaient contrainte.
LE DPM, UN FAIT SOCIOCULTUREL Mais là encore, il ne faut pas passer sous silence les effets de miroir propres au DPM, comme le montre le témoignage des auteurs du scénario du film; suite à sa diffusion, Thigpen et Cleckley reçurent de nombreux appels téléphoniques et du courrier abondant en provenance de personnes prétendant posséder elles aussi, comme l'héroïne du film, des symptômes de DPM: «Elles semblaient motivées (consciemment ou inconsciemment) par le désir d'attirer sur elle l'attention. Il est certain que le diagnostic de DPM suscite beaucoup plus d'intérêt que la plupart des autres diagnostics. » Donc, Janet ou pas, le DPM demeure d'une certaine façon valorisant, dans la mesure justement où il fascine autant les médecins que le grand public. Le syndrome de DPM serait donc autant une affaire de fantasmes réalisés que de culture. Fait social, le DPM permettrait à certains troubles de la personnalité de s'exprimer avantageusement, aux yeux d'un médecin lui-même réceptif. Dans cette dialectique de la séduction, chacun s'y retrouve, patient comme psychiatre. Une analyse statistique réalisée sur vingt cas célèbres de DPM n'a-t-elle pas montré que 53 % d'entre eux avaient des connaissances préalables sur le DPM, par le truchement de livres, de films ou de conférences ? Voilà de quoi nous inviter à relativiser les diagnostics de la psychiatrie et à toujours les replacer dans leur contexte socioculturel...
The Exorcist
Avant l'avènement de la psychiatrie moderne et de la psychanalyse, on tenait de nombreuses personnes atteintes de DPM pour des possédées, pour qui le seul traitement possible était... l'exorcisme. De fait, les cas de possession et de DPM présentent de fortes ressemblances: ici comme là, le patient semble avoir perdu le contrôle de ses actes et de sa raison.
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