[http://www.lmsoft.com/] Des plaies durables sur le corps, évoquant celles du Christ et apparues sans autre raison que la ferveur religieuse du sujet: depuis des siècles, le phénomène des stigmates corporels défie la science.
On sait que plusieurs peuples de l'Antiquité (Thraces, Égyptiens ou Daces) avaient pour coutume ¦¦ de marquer dans leur chair le ou les signes d'une appartenance à une divinité. Ce type de stigmates - du latin stig-mata, signes imprimés dans le corps -auto-administrés sera relégué au rang de pratique païenne dans l'Ancien Testament (Genèse, 4,15; Ézéchiel, 9,4.6), qui parle de marques sacrées uniquement si elles sont reçues de Dieu, en signe de sa protection. L'apôtre Paul fut
peut-être le premier stigmatisé car, dans le Nouveau Testament (Galates, 6,17), il déclare : « Qu'on me laisse désormais aller en paix, car je porte dans mon corps les marques de notre Seigneur Jésus Christ». Nul ne peut assurer qu'il ne s'agissait pas de simples cicatrices résultant des multiples sévices corporels - flagellations, coups de verges et lapidations - endurés par l'apôtre. Le recensement de stigmates va véritablement débuter au XIIIe siècle, une époque à laquelle fleurissent d'ailleurs des représentations de la crucifixion dans toute la chrétienté. Les premiers stigmatisés consacrés par l'Histoire seront saint François d'Assise et sa contemporaine Elisabeth de Spalbeek, morte en 1274, mais dont Philippe de Clairvaux, témoin oculaire, décrira les lésions: des plaies fraîches avec flot de sang, sur la paume des mains, le dos des pieds et au flanc, ainsi que des gouttes de sang formant sur la tête comme une couronne de piqûres d'épines. Suivront sainte Catherine de Sienne, stigmatisée en 1375, Lucia Brocadelli de Narni, morte en 1544, dont les stigmates feront l'objet d'examens retranscrits par actes notariés, notamment l'une de ses plaies qui persistera 39 années durant. Plus récemment, au début du XIXe siècle, les croûtes de sang présentées par Anne-Catherine Emmerich seront l'objet d'enquêtes tant ecclésiastiques que gouvernementales. À la fin du XIXe siècle, le Dr Imbert-Goubeyre recense plus de 300 cas de stigmatisés des deux sexes, mais il inclut les cas où des souffrances sont ressenties sans qu'aucune lésion n'apparaissent. Cette comptabilité reste critiquée, car souvent fondée sur des légendiers ou des ménologes d'ordres religieux à l'authenticité douteuse. Les meilleures autorités en matière de stigmates estiment en fait entre 50 et 60 le nombre de stigmatisés véritables apparus au cours des sept derniers siècles.
La scène de la crucifixion du Christ est depuis très longtemps source de représentations religieuses. Aujourd'hui, aux Philippines par exemple, de fervents catholiques revivent la crucifixion comme une action de grâces, un témoignage de reconnaissance à Dieu (ci-dessus). Mais, pour les véritables stigmatisés, nul besoin de stimulus physique ou d'instruments pour que les plaies du Christ apparaissent sur leur corps.
DES STIGMATES VARIES Parmi les différents types de stigmates, les plus impressionnants sont bien sûr ceux que l'on peut voir et qui sont dits imitatifs, par analogie avec les plaies du Christ porté en croix. Il s'agit de lésions de taille variable, aux mains et aux pieds, au flanc (le coup de lance reçu par Jésus), sur le pourtour de la tête (sa couronne d'épines), et parfois dans le dos (flagellation) et à l'épaule (portement de la croix). D'autres stigmates laissent même apparaître des dessins tels que couronnes d'épine, fleurs, croix, voire des inscriptions latines. Il existe également des stigmates invisibles, consistant en de vives douleurs, ressenties aux mêmes endroits du corps que les stigmates imitatifs, mais sans manifestation extérieure. En l'absence de preuves scientifiques, il est difficile de dire si cette catégorie s'apparente à un phénomène purement sensitif où s'il y a effectivement présence de lésions sous-cutanées. On rapproche ce type de stigmates avec la transverbération (blessure d'amour liée à l'image de la flèche) de sainte Thérèse d'Avila, qui ressentait une douleur brûlante dans sa poitrine lors de ses transes mystiques. Fait intéressant, le coeur fut extrait du corps de Thérèse d'Avila lors de son examen canonique, en 1592. On y nota comme une crevaison à l'emplacement de l'artère coronaire : cause ou conséquence... ? Quel que soit le type de stigmate étudié (plaies, croûtes, ecchymoses, ampoules, écoulement de sang) plusieurs facteurs incitent à les distinguer d'autres blessures. Le caractère spontané de leur apparition, l'absence de suppuration quelles que soient les conditions d'antisepsie, la totale inefficacité des traitements médicaux et l'absence de guerison dans des délais considérés comme normaux rendent ces lésions tout à fait spéciales. De fait, les stigmates peuvent être permanents (ceux du père Pio de Pie-trelcina persisteront 50 ans) ou se manifester périodiquement, avec une régularité confondante. Par ailleurs, leur localisation bilatérale et parfaitement symétrique n'est typique d'aucune dermatose connue. Outre les états extatiques accompagnant les lésions (apparition d'anges ou du Christ), plusieurs phénomènes associés accentuent le caractère inexplicable des stigmates, notamment l'hyperther-mie des plaies (on enregistra une température de 48,5° C sur celles du Padre Pio), la présence d'effluves odoriférantes ou de luminosité corporelle.
Marthe Robin est née le 13 mars 1902, à Châteauneuf- de- Galaure (Drôme), sixième enfant d'une famille d'agriculteurs. Elle étudie à l'école primaire du village jusqu'en 1915, qu'elle quitte pour travailler à la maison et dans les champs. Une encéphalite "léthargique" la saisit en novembre 1918 et la laisse dans le coma pendant 27 mois. C'est à l'âge de vingt ans que Marthe Robin se sent appelée, à l'instar de tous les grands mystiques, à offrir sa vie "pour la conversion des pécheurs et la sanctification des âmes". Le 15 octobre 1925, découvrant sa vocation particulière à la souffrance ("école incomparable du véritable Amour"), elle consacre sa vie à Dieu par un "acte d'abandon à l'amour et à la volonté de Dieu": "Seigneur mon Dieu, vous avez tout demandé à
votre petite servante; prenez donc et recevez tout. En ce jour, je me remets à vous sans réserve et sans retour." En 1926, rechute de sa maladie, ses jambes sont paralysées, elle mange à peine et reste alitée.En 1929 ses bras se paralysent à leur tour. En 1930, elle entre au tiers ordre franciscain où elle devient une "vierge consacrée" en août. Fin septembre, Jésus lui apparaît et elle reçoit les stigmates. Elle commence à vivre la passion du Christ chaque jour et plus intensément, dit- on, le vendredi. Sa maladie évolue jusqu'à la paralysie totale des quatre membres et la perte de la vue en 1940 : Marthe Robin restera pendant plus de cinquante ans alitée, sans dormir, sans boire et ne se nourrissant que de d'hosties.
PHENOMENE DIVIN ? Dans la grande majorité des cas de stigmates, l'étude clinique des symptômes ne peut être mise en doute. Bien sûr, on a connaissance de mutilations provoquées, souvent liées à une pratique ascétique de la foi. Ainsi, au XIVe siècle, Béatrice d'Or-nacieu utilisait, chaque vendredi, un clou sans pointe pour se perforer la paume de la main, en mémoire de la Passion du Christ. Le vendredi 10 octobre 1787, Étiennette Thomasson alla jusqu'à se faire crucifier en l'église de Fareins (Ain). Si certaines supercheries furent mises au jour, comme celle de soeur Patrocinio qui utilisait un agent caustique pour se créer des stigmates, la plupart des cas résistent à l'examen. On peut citer celui de Louise Lateau, stigmatisée du XIXe siècle, à Bois d'Haine (Belgique). Pendant quinze ans, chaque jeudi midi, des ampoules se formaient sur la peau de ses mains et de ses pieds, ampoules qui éclataient dans la nuit puis se mettaient à saigner durant 24 heures (250 g. de sang), laissant ensuite une simple trace rosée. Par ailleurs, du sang perlait en une douzaine de points de son front. Deux médecins, Lefebvre et Warlo-mont, vont l'examiner en prenant soin d'éviter toute supercherie. On placera notamment le bras de Louise Lateau dans un cylindre de verre, scellé par des cachets à la cire à l'épaule : ampoules et hémorragies apparaîtront quand même.
Le sang du christ
Depuis des siècles, les experts religieux et médicaux recensent des cas de personnes exhibant les plaies du Christ, la plupart des stigmatisés étant de fervents chrétiens, d'autres n'ayant aucune attirance pour la religion. Phénomène surnaturel, signe de la grâce de Dieu ou non, la stigmatisation recèle en tout cas des mécanismes physiologiques que la science n'explique pas. Voici une sélection des cas les plus célèbres et les plus documentés.
THERESE NEUMANN C'est dans sa ville de Konnersreuth, en Bavière, lors de la Semaine Sainte de 1926, que Thérèse Neumann commença à saigner des pieds, des mains ou du front, ses stigmates s'accompagnant de visions extatiques. Le fait se reproduisait tous les vendredis et elle disait endurer la Passion du Christ. Durant la Semaine Sainte, toutes les plaies saignaient à la fois et des pleurs de sang lui venaient en abondance. Une foule de gens en deuil, persuadés de sa sainteté, se pressa à ses funérailles, en 1962 (encadré). Elle avait 64 ans.
SAINT FRANÇOIS D'ASSISE Né d'une riche famille de marchands, saint François d'Assise fut fait prisonnier en 1202 durant la guerre entre Assise et Pérouse. Marqué par l'événement, il connaîtra une crise mystique qui le poussera à se retirer, dans le plus profond dénuement, sur les monts de l'Alverne. En 1224, l'année où il fonde l'ordre des Franciscains, la vision d'un ange portant un crucifié déclenche l'apparition de stigmates, aux pieds et aux mains, que Élie d'Assise, qui lui fermera les yeux en 1226, décrira comme «quasi puncturas clavorum» (sortes de piqûres de clous). Thomas de Celano, son biographe, précisera qu'il s'agissait de cicatrices noires en saillie. Entre 1237 et 1291, neuf bulles pontificales défendront l'authenticité du fait.
BONGIOVANNI L'italien Giorgio Bongiovanni est l'un des plus récents stigmatisés. Ses plaies sont apparues lors d'un pèlerinage à Fatima, au Portugal, ville célèbre pour les apparitions de la Vierge. Comme la plupart des stigmatisés, Bongiovanni a reçu les cinq plaies ou « signes de la passion du Christ» aux pieds, aux mains et au flanc. Les plaies de Bongiovanni saignaient tellement que les croûtes recouvraient presque entièrement le dos de ses mains.
PADRE PIO Frère capucin, Padre Pio de Pietrelcina (1889-1968), prie dans une église de Foggia, en Italie, quand, le 20 septembre 1918, il pousse un grand cri sous l'effet d'une apparition, puis s'évanouit. Quand d'autres moines le trouvent, ses mains, ses pieds et son flanc sont en sang. Certaines plaies vont persister durant 50 ans, et Padre Pio saignera chaque jour la valeur d'une tasse de sang. Lors de sa dernière messe, le stigmate palmaire gauche est toujours visible. La croûte en tombera ki nuit suivant son décès.
CLORETTA ROBERTSON Le cas Robertson se distingue des autres pour deux raisons : cette jeune fille originaire d'Oakland, en Californie, n'était pas croyante, et elle fut la première stigmatisée noire. En 1972, environ trois semaines avant Pâques, elle regarda un film sur la crucifixion. Quelques jours plus tard, du sang commença à couler de ses paumes. Deux médecins confirmèrent le caractère spontané de ces lésions, qui continuèrent à saigner jusqu'au Vendredi Saint, puis disparurent à jamais.
PHENOMENE DIVIN ? Dans la grande majorité des cas de stigmates, l'étude clinique des symptômes ne peut être mise en doute. Bien sûr, on a connaissance de mutilations provoquées, souvent liées à une pratique ascétique de la foi. Ainsi, au XIVe siècle, Béatrice d'Or-nacieu utilisait, chaque vendredi, un clou sans pointe pour se perforer la paume de la main, en mémoire de la Passion du Christ. Le vendredi 10 octobre 1787, Étiennette Thomasson alla jusqu'à se faire crucifier en l'église de Fareins (Ain). Si certaines supercheries furent mises au jour, comme celle de soeur Patrocinio qui utilisait un agent caustique pour se créer des stigmates, la plupart des cas résistent à l'examen. On peut citer celui de Louise Lateau, stigmatisée du XIXe siècle, à Bois d'Haine (Belgique). Pendant quinze ans, chaque jeudi midi, des ampoules se formaient sur la peau de ses mains et de ses pieds, ampoules qui éclataient dans la nuit puis se mettaient à saigner durant 24 heures (250 g. de sang), laissant ensuite une simple trace rosée. Par ailleurs, du sang perlait en une douzaine de points de son front. Deux médecins, Lefebvre et Warlo-mont, vont l'examiner en prenant soin d'éviter toute supercherie. On placera notamment le bras de Louise Lateau dans un cylindre de verre, scellé par des cachets à la cire à l'épaule : ampoules et hémorragies apparaîtront quand même.
QUE DIT LA SCIENCE ? Plusieurs scientifiques ont tenté d'expliquer l'origine des stigmates, des psychiatres notamment, convaincus qu'il fallait voir là l'expression physique d'un désir refoulé. Officiant à la Salpêtrière en 1890, le Dr Charcot fut l'un des premiers à reconnaître que l'hystérie (mystique ou non) pouvait déclencher des lésions cutanées ou des troubles de la circulation (oedèmes, phlyctènes, hémorragies, ulcérations...). Ainsi, chez certains sujets, des traumatismes ou des émotions vives suffiraient à provoquer des altérations de différents types: ecchymoses (rupture des parois vasculaires) ou hématidrose (coloration de la sueur par libération d'héma-tine, la fraction colorante de l'hémoglobine). Neurologue, J. Tinel estime également qu'une émotion intense peut avoir des effets physiques (somatisation), rendre douloureuse des parties du corps visées par la concentration mentale, avec libération d'histamine, substance chimique dilatant les vaisseaux et susceptible d'amener des hémorragies. Mais ces explications restent hypothétiques : aucune tentative sérieuse de reproduction par suggestion ou hypnose n'a provoqué l'apparition de stigmates. Bien qu'étudié, le mécanisme des stigmates continue d'échapper à la science et, à travers lui, l'Esprit échappe, encore parfois, à la Raison...
Rapporté depuis le XIIIe siècle, maintes fois étudié depuis, le phénomène des stigmates -ou marques figurant les plaies du Christ sur le corps- continue de plonger la médecine dans la plus grande perplexité. Nombre d'auteurs y voient un exemple frappant du pouvoir de «l'esprit sur la matière».
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Les SUPPLICES
DE LA
PASSION
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