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Après les Etats-Unis, l'Europe se retrouve elle aussi confrontée aux «serial killers». mais par-delà la fascination qu'ils suscitent auprès du grand public, les tueurs en série, popularisés par le cinéma, posent quelques soucis à la police...
Quelques affaires de tueurs en série ont récemment défrayé la chronique en Europe. Ainsi du Belge Marc Dutroux, dit « l'Ogre de Charleroi », arrêté le 13 août 1996 et accusé d'avoir violé, séquestré et laissé mourir de faim deux fillettes. Chef d'un réseau pédophile, Dutroux pourrait avoir commis bien d'autres crimes. L'Italien Cesare Lombroso, auteur de L'Homme criminel (1876), est à l'origine de la criminologie.
Ces effrayants personnages que sont les tueurs en série ont longtemps été incompréhensibles, aussi bien pour le grand public que pour les spécialistes. Ce n'est que depuis les années soixante-dix que les criminologues commencent à cerner leur psychologie. Jusque-la monstres aux motivations obscures, ils avaient été mis de côté dans la catégorie nébuleuse des crimes sans cause.
CRIMINEL-NÉ OU PAS ?
Au XIXe siècle, âge d'or des nouvelles sciences, on essaya de découvrir pourquoi des gens en tuaient d'autres en dépit des pressions morales et surtout sociales. Une première réponse vint avec la publication en 1876 du livre de l'Italien Cesare Lombroso (1835-1909), tenu pour le fondateur de la criminologie. Dans cet ouvrage majeur, LHomme Criminel, il expliquait qu'il existe des situait avant tout dans l'esprit de l'individu, les facteurs qui provoquaient le franchissement vers un état de dangerosité relevaient de la psychologie et de la sociologie. En un mot, l'individu n'était plus seul sur le ban des accusés ; il fallait aussi incriminer la société.
Chase fut surnommé le «Vampire de Sacramento» à cause de son goût pour le sang qu'il but à de nombreuses reprises et tenta même de s'injecter. Lorsqu'il avoua que des voix lui avaient demandé de sacrifier des êtres humains, on essaya de savoir comment il procédait et pourquoi il avait choisi telle victime et non pas une autre. Il indiqua alors qu'il cherchait une maison avec une porte ouverte. Lorsque la porte était verrouillée, il n'insistait pas. Devant la surprise des agents du FBI qui pensaient qu'il aurait pu forcer une des portes sans la moindre difficulté, il répondit avec un grand calme : Quand une porte est fermé à clef, ça veut dire qu'on n'est pas le bienvenu. Ca, tout vampire qui se respecte le sait bien depuis la publication du Dracula de Bram Stoker: il ne peut entrer dans une maison sans y avoir été au préalable invité...
Richard Chase buvait le sang de ses victimes, après les avoir violées et massacrées, convaincu qu'autrement son propre sang se «lyophiliserait». Après avoir commis six meurtres, ce sériai killer « désorganisé » fut capturé en 1978, grâce à un travail de profilage mené par Robert Ressler, qui put ainsi démontrer la validité de ses théories. En 1979, Chase fut condamné à mourir par empoisonnement.
Qu'est-ce que la victimologie?
C'est l'étude scientifique des victimes et des répercussions que l'acte illégal a eu sur elles. D'un point de vue légal, la victime est l'individu qui a été lésé au regard de la loi. Longtemps, les victimes ont été les grandes oubliées des procès. N'oublions pas que le fait de pouvoir se constituer partie civile ne leur a été reconnu en France que par la loi du 22 mars 1921.
Dans le cas précis de la lutte contre les tueurs en série, la victimologie a-t-elle pris une place plus importante?
Absolument. Les «profilers» se posent désormais une question cruciale: pourquoi le tueur a-t-il choisi cette victime plutôt qu'une autre? Connaître les habitudes et la psychologie de la victime permet de déterminer le portrait-robot psychologique de l'assassin avec une précision accrue. D'autre part, cette connaissance de la victime peut se révéler très efficace dans le cadre d'une opération visant à débusquer l'assassin ou à déterminer le profil de ses prochaines proies. Enfin, elle permet d'affiner l'interrogatoire du tueur. Autant d'éléments qui améliorent le «profilage».
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FILAGE ET PROFILAGE
Ces influences pouvaient influer sur la manière d'agir du criminel, définissant un modus operandi propre, important à étudier car permettant éventuellement de relier des crimes entre eux. Certains psychiatres et criminologues finirent donc par se demander s'il ne serait pas possible de déduire le portrait-robot d'un criminel à partir d'éléments découverts sur la scène du crime et impliquant tel ou tel trait psychologique. Aujourd'hui, cette technique est connue en français sous le nom de «profilage» -de l'anglais profile, « profil », « silhouette ».
Un homme se trouve à l'origine du profilage : l'Américain James Brussels. Dans les années cinquante, il remporta d'étonnants succès contre de redoutables criminels. L'affaire qui le fit connaître fut celle du «Fou à la Bombe», un homme qui posa des engins incendiaires dans des cinémas de New York de 1940 à 1956. Comme nombre de «profileurs» modernes, Brussels déduisit quelques traits physiques du criminel à partir de la névrose qu'il avait décelée au travers de son modus operandi et des messages qu'il envoyait régulièrement à la police. Déductions qui se trouvèrent vérifiées jusqu'aux détails vestimentaires lors de l'arrestation du poseur de bombes par la police !
Mais à cette époque, parmi les crimes inexpliqués, il existait encore une catégorie floue qui regroupait des meurtres à caractère sexuel, souvent atroces, commis par des individus qui semblaient choisir leurs victimes au hasard. Lorsqu'il arrivait que le tueur se fasse prendre, le premier souci de la justice était de s'en débarrasser plutôt que de prendre le temps d'explorer les motivations qui avaient transformé un homme apparemment normal en sadique. Il fallut attendre les années soixante-dix pour que des agents du FBI comme Robert Ressler (voir son interview) démontrent que ces tueurs n'agissaient pas au hasard, mais qu'ils étaient mus par un fantasme sexuel précis. Et qu'ils formaient une catégorie à part : les « sériai killers ».
TUEURS TRÈS SPÉCIAUX
Dans les médias, les termes de «sériai killer» ou de « tueur en série » sont souvent utilisés à tort et à travers. Or les sérial killers représentent une catégorie de criminels rares et très spécifiques. Ils n'ont rien a voir avec les «mass murderers» (meurtriers de masse), qui tuent le maximum de personnes dans le minimum de temps en un lieu unique, et les « spree killers » (meurtriers compulsifs) qui, au cours d'une virée meurtrière, abattent tout ceux qui croisent leur chemin. Dans les deux cas, ces explosions de violence sont dues à des frustrations ayant dépassé pour l'individu le seuil critique. Aucun aspect sexuel n'entre en jeu. Or le premier trait dominant du tueur en série c'est de commettre ses crimes pour tenter d'assouvir des fantasmes sexuels qu'il ne parvient pas à réaliser dans le cadre de relations physiques normales. Le tueur en série est donc par nature un multirécidiviste. Il n'éprouve aucune pitié pour ses victimes, dans la mesure où elles ne sont entre ses mains que de simples objets sur lesquels le tueur pourra exercer une volonté de puissance dominatrice à caractère sexuel.
Cet irrépressible besoin de dominer et de transgresser l'interdit peut prendre d'autres formes que le viol. Ainsi existe-t-il des sériai killers cannibales, dont le plaisir ultime est de dévorer tout ou partie de leur victime. D'autres préféreront le démembrement... ou encore la mutilation.
Le choix des armes employées par les tueurs en série est égale-ment très parlant puisque, à quelques rares exceptions près, sont utilisés des objets impliquant un contact physique avec la victime (couteaux, haches, battes de base-bail, lacets étrangleurs, etc.), quand ce n'est pas tout simplement les mains de l'assassin. Les sériai killers n'emploient pas d'armes à feu car elles briseraient le lien erotique entre la proie et son prédateur. D'autres traits caractérisent en propre les sériai killers: 10 % seulement des tueurs en série sont des femmes; la majeure partie d'entre eux sont des hommes plutôt jeunes, autour de la trentaine. 80 % sont de race blanche et un tiers des cas concerne des homosexuels, déclarés ou non au moment des faits. Ils ont déjà un passé de tortionnaire: adolescents déjà, ils martyrisent et tuent des animaux. Enfin, ils choisissent presque toujours des victimes appartenant au même groupe ethnique qu'eux.
UNE QUESTION... D'ORGANISATION
On observe deux types principaux de sériai killers : les organisés et les désorganisés. Les différences importantes de comportement existant entre ces deux catégories se révèlent d'un grand secours pour les profileurs de la police. En effet, elles se retrouvent comme matérialisées sur la scène du crime.
Le sériai killer organisé se fond dans la société. Doué d'une grande intelligence (Q.I. moyen entre 105 à 120), il est extrêmement dangereux car difficile à repérer. Il sait manipuler la police comme la justice, y compris après sa capture (voir encadré en page 1207). On trouve même parmi eux des chefs d'entreprise (John Gacy) ou des policiers (Gérard Schaeffer), mais le plus célèbre de ces sociopathes demeure l'Américain Ted Bundy, que l'on soupçonne d'avoir tué une centaine de jeunes femmes. C'est à cette catégorie qu'appartient aussi le Belge Marc Dutroux.
Si 10% seulement des sérial killers sont des femmes, Rosemary West, la seconde femme de l'Anglais Frédéric West, semble bien avoir participé activement aux crimes odieux de son mari. En 1994, on retrouva dans les caves de sa maison de Gloucester, baptisée the House of Horror (photo à gauche), dix cadavres de femmes et de jeunes filles, dont sa première femme et sa propre fille. Exemples typiques de sériai killers « organisés », Fred et Rosé échappèrent à la vigilance de la police des années durant. Fred se pendit en novembre 1996. Rosé a été condamnée en 1997 à la prison à perpétuité.
CRUAUTE ET INTELLIGENCE
Lorsqu'ils attaquent leurs victimes, les tueurs en série organisés s'arrangent pour laisser le moins d'indices possible, essayant par tous les moyens de se débarrasser ou de dissimuler les cadavres, y compris en les cachant dans la structure de leur maison. Ainsi procédèrent les Anglais Fred et Rosé West à Gloucester, ou encore Marc Dutroux, qui construisit de véritables cachots souterrains pour séquestrer ses victimes. Ils exigent une totale soumission de leurs victimes qu'ils torturent et violent avant de les tuer. Enfin, ils emportent avec eux un « trophée », c'est-à-dire un objet ou une partie de corps qui leur permettra plus tard de se souvenir et de jouir à nouveau du meurtre. Si le fantasme qui pousse le tueur en série désorganisé est également de nature sexuelle, sa manière d'agir est totalement différente, comme sa place dans la société. Souvent moins intelligent (avec un Q.I. moyen entre 80 et 95), le sériai killer désorganisé est un être instable, solitaire et socialement immature. Il abandonne le lieu de son crime en le laissant dans un désordre total, sans prendre la peine d'effacer d'éventuels indices. S'il fait preuve d'une grande violence à l'égard de ses victimes, il ne cherche pas à se débarrasser de leur corps une fois ses forfaits commis. Il aurait même tendance à pratiquer sur elles des actes sexuels après leur mort. Enfin, comme il a tendance à perpétrer ses crimes non loin de son domicile, le tueur désorganisé est plus facile à capturer que les autres sériai killers, plutôt «nomades».
Bien évidemment, toute règle ayant ses exceptions, il existe des tueurs en série qu'on qualifie de « mixtes », comme l'Américain Edmund Kemper.
QUE FAIT LA POLICE ?
Depuis rétablissement formel de l'existence et des caractéristiques des sériai killers, le FBI et les polices des pays les plus concernés par le phénomène comme le Canada ou l'Angleterre, ont mis sur pied des programmes spécialises. Les policiers qui en font partie sont, depuis quelques années, régulièrement appelés à aider des enquêteurs étrangers comme dans 1'affaire Dutroux.
Au sein du FBI, les affaires de meurs en série sont traitées par le NCAVC (National C enter for Analysis of Violent Crime). Crée en 1984, il comprend deux programmes précis : le VICAP (Violent Criminal Appréhension Program) et le «profiling», centré sur l'analyse psychologique.
Mis en place par Robert Ressler. le VICAP est un système informatique destine a faire des rapprochements entre des crimes de sang non élucidés, aussi bien sur le territoire des Etats-Unis qu'à l'étranger le sérial killer étant généralement un criminel «nomade ». Les renseignements sont recueillis auprès de polices locales grâce à un formulaire long et détaillé contenant près de deux cents questions.
Beaucoup plus médiatique depuis plusieurs années, le proflling met en scène des spécialistes de l'interprétation psychologique à partir des éléments relevés sur la scène du crime et des photos et vidéos prises par la police. Ces spécialistes du FBI ont une longue expérience des tueurs en série qu'ils ont interrogés minutieusement en prison. La détermination du profil psychologique de l'assassin constitue le premier grand pas vers la traque proprement dite.Une autre spécialisation s'est révélée très précieuse depuis quelques années : la « victimologie». Celle-ci représente l'étude de la personnalité, du physique et des habitudes des victimes afin d'utiliser ces éléments pour éclairer le choix du tueur et donc certains aspects de sa personnalité.
Grand spécialiste mondial des tueurs en série, Stephane Bourgoin nous livre ici une analyse détaillée de 7 sérial killers.
De l'enfance aux rapports d'experts en passant par les aveux détaillés des coupables, le livre nous fait pénétrer dans la psyché malade des ces "monstres".
La qualité rédactionnelle de l'auteur ajouté à ses investigations (notamment des interviews) font de ce livre un des ouvrages les plus complets sur le genre.
Un livre qui nous fait basculer dans un même cauchemar: celui du criminel et de ses victimes.
Serial killer à douze ans: Mary Flora Bell - Un serial killer exemplaire: William George Heirens - L'étrangleur de Boston: Albert De Salvo - Le fils de Sam: David Berkowitz - Photos mortelles: Hervey Murray Glatman - Edward Gein, le Cannibale - Les 200 victimes du docteur Holmes - Jack L'éventreur - Le tueur de vieilles dames: Thierry Paulin - Le Monstre des Andes: Pedro Alfonso Lopez - Le mangeur d'enfants: Albert Fish - L'éventreur du Yorkshire:Peter Sutcliffe - Le sadique de Philadelphie: Gary Heidnick - Le Landru de la banlieue de Londres: Dennis Nilsen - Le Boucher de Hanovre: Friedrich Haarmann - Le Vampire de Düsseldorf: Peter Kurten - John Reginald Christie - L'ogresse de la Goutte-d'Or: Jeanne Weber - John Haig: le vampire anglais - Les diaboliques de la Lande - Le tueur du dimanche de Houston - Henry Lee Lucas, le tueur aux 360 cadavres - Le nécrophile de Californie: Edmund Kemper - Le cannibale de Milwaukee: Jeffrey Dahmer - Le pédophile sadique de Chicago: John Wayne Gacy - Le ranch de la mort
ELISABETH CAMPOS
Elisabeth Campos est avocate, docteur en droit et diplômée de
victimologie à l'université de Washington. Spécialiste des sectes et des
criminels pathologiques, elle a écrit avec Richard D. Nolane Tueurs en série; enquête sur les sérial killers (1995, Éd. Plein Sud).
LA TRAQUE S'ORGANISE
SERIAL
KILLERS :
Les Américains Ted Bundy (à gauche) et John Gacy (à droite) comptent parmi les sérial killers « organisés » les plus célèbres. Le premier tua et viola au moins cent jeunes femmes entre 1974 et 1978. Il réussit à s'évader à deux reprises. Arrêté en Floride fe 15 février 1978, il y fut exécuté le 24 janvier 1989. Quant à John Gacy, il viola et tua trente-trois garçons dans l'illinois.
UN PREMIER BILAN
On pourrait croire qu'avec un tel arsenal, les jours des sérial killers sont désormais comptés. Mais il n'en est rien; le nombre des tueurs en série arrêtés ne fait qu'augmenter, ne serait-ce qu'en raison de l'efficacité des programmes de détection, et on estime que de cent à deux cents sérial killers sont encore en vadrouille aux États-Unis. Certains, comme le Tueur de la Green River, ont déjà quarante meurtres à leur actif!
Aux États-Unis, la police n'hésite pas à recourir aux médias pour retrouver les sérial killers. Sans doute les pays européens répugnent-ils à utiliser de tels procédés jugés indécents. Mais le temps où les policiers découvraient hébétés les agissements de ces tueurs sadiques est bien loin. Les yeux de tous se sont décillés sur l'horreur.
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