[http://www.lmsoft.com/] Personne au monde n'en sait plus sur lès tueurs en série que Robert Ressler. En 1970, il crée le terme «sérial killer». À cette époque, son travail au FBI consiste à interroger des dizaines de meurtriers en face à face, et à mettre en place le système VICAP un réseau informatisé rassemblant toutes les données sur les crimes de sang non résolus aux États-Unis et dont le but est d'aider à appréhender les sérial killers. Maintenant à la retraite, il reste le plus grand expert mondial des meurtres en série et conseille régulièrement toutes les polices du globe. Ses connaissances sont telles que l'industrie du cinéma a fait appel à lui comme consultant scénaristique pour l'écriture de nombreuses oeuvres de fiction reconnues, comme Le Silence des agneaux et la série télé Millennium. Nous avons voulu savoir ce qui motive ces meurtriers abominables et pourquoi Ressler parle à leur propos de «phénomène du XXe siècle».
La fréquence des meurtres en série est bien supérieure à ce qu'elle a été par le passé, où il n'était question que de quelques cas isolés. Jack l'Éventreur est un cas reconnu de tueur en série, ou de «sérial killer» comme on dit maintenant, mais il n'a fait que cinq victimes, ce qui est peu comparé aux normes actuelles. Mais imaginons que Jack l'Éventreur soit allé en Ecosse, en Irlande, en Allemagne ou dieu sait où; s'il avait bougé, la police de l'époque n'aurait jamais fait le lien entre les crimes, parce que la coopération à l'échelle internationale n'existait pas encore. Maintenant il existe c-es systèmes de localisation, comme le système VICAP que j'ai mis en place. De ce fait, le nombre de sériai killers n'est pas forcément plus élevé de nos jours; simplement, on en repère plus. Il est vrai aussi que la multiplication récente des cas, surtout aux États-Unis, m'incite à penser qu'ils sont plus nombreux qu'avant.
Dans vos livres, vous émettez ridée que l'apparition de plus en plus fréquente de scènes de violence dans les médias est pour quelque chose dans l'apparition des sériai killers. Vous en êtes toujours convaincu ? C'est un facteur important, j'en suis persuadé. La criminologie ne date que de la toute fin du XVIIIe siècle. Auparavant, on se contentait de dire : « C'est la faute au Diable ! » On parlait alors de possession par le démon, ou d'autres choses du genre. Ceci a duré jusqu'au XXe siècle. Avant les années 1950, les films ne parlaient que de Dracula ou de Frankenstein, toutes des créatures surnaturelles. Puis l'industrie cinématographique a évolué, et dans les années 1960, il y a eu Psycho (Psychose), dans lequel Anthony Perkins jouait un monstre fou, un sériai killer en fait, avant même l'invention du terme. On passait de la créature surnaturelle au monstre humain. Un jeune homme perturbé par ses hormones déchaînées et un développement sexuel chaotique peut plus facilement s'identifier à cette nouvelle monstruosité. Il lui est très malaisé de s'identifier à Dracula suçant le sang de ses victimes, mais il devient simple de s'identifier à cet homme dérangé qui capture les femmes pour les transformer en objets sexuels. L'identification est plus facile. Le monstre humain a alors supplanté à l'écran le monstre surnaturel. La question du sexe est devenue si importante ces trente dernière années, que la plupart des films de violence ont des connotations sexuelles. Le personnage du meurtrier violeur enlevant les femmes aux arrêts de bus est un encouragement pour ceux qui ont déjà ce genre de fantasmes.
Mais les films de violence sont-ils les seuls en cause? Par exemple, on a raconté que L'Empire contre-attaque avait inspiré le sérial killer Jeffrey Dahmer. Est-ce vrai ? C'est vrai que Jeffrey Dahmer était fasciné par le personnage de l'Empereur. Dans le film, il a des yeux jaunes et des pouvoirs psychiques. Il peut se concentrer sur quelqu'un et lui faire mal ou lui broyer le coeur. Dahmer s'est acheté des verres de contact jaunes, et a commencé à draguer dans les bars homosexuels, avec ses yeux jaunes. On a commencé à l'appeler «Jeff aux-yeux-jaunes», parce que personne ne connaissait son nom de famille. J'ai longuement abordé ce sujet avec lui, et il m'a dit qu'il trouvait très séduisant le concept du pouvoir suprême de l'Empereur. Mais le coup des verres de contact n'a pas vraiment fonctionné quant aux fameux pouvoirs. Il m'a dessiné ce dont il rêvait pour l'aider à acquérir ce pouvoir. C'était une longue table, presque une table de banquet, avec six crânes posés dessus, trois de chaque côté. Au centre, il y avait une gargouille qu'il avait achetée quelque part et qu'il trouvait terrifiante. Il avait prévu d'avoir deux squelettes, un de chaque côté de la table, avec derrière une lampe chromée garnie de six globes bleus étranges. Cela devait être le « centre d'énergie » et il allait s'installer devant, dans une chaise longue, en écoutant une musique particulière. D avait déjà acquis les crânes et la gargouille, mais ce qui le retardait, c'était la lampe bleue; il envisageait d'en faire réaliser une spécialement pour son installation magique. Ce qui lui posait aussi problème, c'était les squelettes. D avait des classeurs à tiroirs où il mettait ses victimes, une par tiroir. D avait des livres d'anatomie et il avait essayé d'assembler les squelettes avec de la colle extra-forte, mais ça n'avait rien donné. Alors il avait pensé percer les os pour les faire tenir avec du fil de fer. Mais quelquefois les os se brisaient. Il avait donc décidé d'acheter une perceuse à plus haute vitesse. Ce type avait vraiment planifié son «centre d'énergie». Je lui ai demandé: «Jeff, où as-tu trouvé cette idée? Peut-être dans une réunion de satanisme et d'occultisme?». Il a répondu que pas du tout, qu'il avait eu l'idée tout seul et qu'il était sûr que ça marcherait. Il pensait que le «centre d'énergie» irait puiser dans le monde des ténèbres l'énergie que détenait l'Empereur.
Dans les années 1970, David Berkowitz perpétra d'atroces forfaits signés de ses mots : « Fils de Sam ». À l'époque, on paria beaucoup des liens du tueur avec le satanisme. Toutefois, interrogé plus tard par Ressier, Berkowitz reconnut avoir simulé.
A Écrit par Robert Ressler en collaboration avec Tom Schachtman, Chasseur de tueurs (Éditions des Presses de la Cité, 1993) est une série de portraits de sériai killers américains, traqués par l'agent spécial du FBI Kessier y montre comment, en analysant le lieu du crime, le choix des victimes et la méthode d'action du meurtrier, il réussit à dresser le portrait-robot du tueur et parvient à l'arrêter.
SON MÉTIER: TRAQUER LES SERIAL KILLERS. DEVENU LE SPÉCIALISTE INCONTESTÉ DES TUEURS EN SÉRIE, IL RACONTE ICI COMMENT IL S'Y PREND POUR ARRÊTER CES NOUVEAUX MONSTRES DU XXe SIÈCLE.
ROBERT RESSLER n'est pas un agent du FBI comme les autres.
SERIAL KILLERS ET VAMPIRISME De nombreux sérial killers, que ce soit dans la réalité ou dans la fiction, ont une vague ressemblance avec les vampires, les loups-garous ou autres personnifications de nos terreurs ancestrales. Ressler parle des vampires dans son livre Whoever Fights Monsters (« Celui qui combat les monstres »). « Dans le premier chapitre, je parle de Richard Chase, le tueur vampire de Sacramento en Californie. J'ai rencontré de nombreux cas de vampirisme. Et de nombreux cas de cannibalisme. On peut toujours trouver des justifications intellectuelles à leurs motivations, mais le fait est là, ils mangent de la chair humaine» ils boivent du sang humain... ils déchiquettent des corps. Personne ne peut dire vraiment ce qui se passe dans leur tête à cet instant. Y a-t-il un fond de lycanthropie qui expliquerait ce comportement? Un psychiatre s'en débarrasserait sûrement en parlant d'une forme de psychose primitive. Mais la chose demeure, toujours aussi monstrueuse... »
Vous mentionnez le satanisme. Est-il vrai que, surtout dans les années 1980, certains meurtriers ont été liés aux mouvements occultistes? Il y a surtout un livre, The Ultimate Evïl (Le Mal suprême») de Maury Terry, qui es a l'origine de la plupart des rumeurs. Il exposait les présumés liens unissant David Berkowitz à Charles Manson. Mais c'est vraiment n'importe quoi ! Je pense être sérieux et professionnel dans mon travail, alors on a demandé à Berkowitz de participer à une émission télé en trois parties. Il devait enfin faire des révélations sur ses crimes. Or, dans les trois volets de la série, Berkowitz ne parle jamais du satanisme ou de l'occultisme. Ce sont de purs racontars. Vous voulez dire que les histoires de possession et d'adorateurs du diable que racontait David Berkowitz sont fausses? C'était une grosse arnaque. Quand je l'ai interrogé, il m'a dit qu'il essayait seulement de trouver une justification à son comportement. Il n'avait pas vraiment de motivations réelles sur lesquelles s'appuyer, en dehors du fait qu'il était très solitaire et frustré sexuellement. Il a verbalisé ses mobiles avec « l'histoire du chien Sam» (Berkowitz a d'abord affirmé que c'était le chien du voisin, Sam, qui lui «avait dit de le faire»). Mais par la suite, il a dit que tout était faux. Vous avez passé beaucoup de temps auprès des sérial killers ; n'y a-t-il pas risque d'empathie? C'est un risque inhérent à la nature humaine. Par exemple, quand vous rencontrez quelqu'un comme Jeffrey Dahmer qui s'ouvre à vous et vous donne des éclaircissements sur sa conduite et sur ses actes, vous arrivez presque à le comprendre. Ceci peut également se produire avec ceux qui se montrent coopératifs, mais qui sont moins honnête, comme John Wayne Gacy. Il y a une grande différence entre les deux hommes. L'un vous déballe tout et l'autre ne dit rien, bien qu'il dévoile beaucoup de lui-même, à bien des égards. On développe une certaine «admiration» à leur égard. Ce n'est peut-être pas le mot juste, je devrais plutôt parler d'une certaine «gratitude», dans la mesure où ils vous ont laissé avoir accès à leur âme. Comme je le répète souvent, je les ai pratiquement tous appréciés. Assis en face d'eux derrière une table, j'ai eu droit à la meilleure part de leur personnalité. C'est vrai que leurs victimes ont eu droit à la plus mauvaise. C'est une question de point de vue. On me demande souvent: «Quand vous allez là-bas, vous ne ressentez pas de haine contre ces gens à cause de tout ce qu'ils ont fait?» Non, pas du tout. La plupart du temps, on a l'impression d'avoir affaire à des gens très ordinaires. C'est ça qui est terrible. Les victimes sont totalement désarmées face à ces personnages, car ils ne ressemblent pas à l'image qu'on donne généralement des sérial killers.
A QUOI RESSEMBLE UN SERIAL KILLER? Ressler se préoccupe beaucoup de ce que l'apparence des sérial killers est souvent banale en comparaison du portrait qu'on en dresse dans la littérature ou au cinéma : « Dans le film Le Silence des agneaux (à droite), Clarice longe le couloir et Hannibal Lecter l'attend derrière une grande vitre, l'air diabolique. Ce n'est pas conforme à la réalité. Si tous les sérial killers ressemblaient à Hannibal Lecter, on n'aurait aucun mal à les reconnaître ! » Ressler continue: «Ed Kemper, l'homme qui a tué ses grands-parents et pas mal d'étudiantes, me disait qu'il prenait des autostoppeuses et leur demandait : "Et ce type qui ramasse des autostoppeuses et qui les tue, qu'est ce que vous en pensez?" Et il disait qu'elles ne se rendaient absolument pas compte que c'était lui. Il leur demandait si elles n'avaient pas peur de tomber un jour sur le tueur et elles répondaient : "Non. Si je le voyais, je saurais que c'est lui." C'est troublant. C'est la faute de Hollywood. Hollywood a créé tous ces individus bizarres comme Hannibal Lecter, Jason ou Freddy Krueger. Dans la réalité, les sérial killers ne leur ressemblent pas du tout. »
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