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LA BOMBE D'OKLAHOMA ŒUVRE D'UN TERRORISTE ISOLÉ ET INCONTRÔLABLE? À L'HEURE OÙ UN SUSPECT VIENT D'ÊTRE CONDAMNÉ, CETTE TRAGÉDIE SOULÈVE BIEN DES QUESTIONS...
Oklahoma City, mercredi 19 avril 1995, neuf heures du matin. La foule habituelle des cadres et employés envahit comme chaque jour les neuf étages de l'Alfred P. Murrah Building, centre administratif fédéral. Environ cinq cents personnes ont déjà gagné leurs bureaux, mais il en arrive toujours. À neuf heures et deux minutes, une bombe éclate, dans une explosion gigantesque qui provoque une énorme déflagration, ressentie à 45 km à la ronde. De lourds blocs de ciment volent dans les airs et s'abattent sur les blocs d'immeubles voisins. Etage après étage, la Murrah Building s'écroule dans un fracas de tremblement de terre. Très vite le maire mobilise tous les moyens humains et matériels possibles ; des centaines de sauveteurs bénévoles se présentent pour arracher aux décombres le maximum de survivants. Après plusieurs jours de recherches ininterrompues, le bilan final fait état de 168 morts. Parmi eux, dix-neuf enfants rassemblés dans une crèche au premier étage de l'immeuble. L'horreur. À l'emplacement de la camionnette piégée qui a détruit le bâtiment, un cratère béant de deux mètres de profondeur sur neuf mètres de largeur. Le bruit de l'explosion a été perçu à plus de vingt-quatre kilomètres. Par la puissance de l'engin utilisé, cet attentat rappelle celui du World Trade Center, à New York, deux ans plus tôt, attentat revendiqué par un réseau islamiste.
A Le Murrah Building, haut de neuf étages, fut dévasté par une bombe placée, suppose-t-on par un certain Timotfiy McVeigh, né le 23 avril 1968 à Lockport (État de New York). L'immeuble était un pôle administratif partagé par plusieurs administrations d'État.
McVeigh nourrissait une haine notoire contre le gouvernement. Des images de victimes (ci-contre), ont permis de balayer les doutes sur la culpabilité de McVeigh ...presque tous les doutes.
PLUS de deux ans après ce drame qui avait traumatisé le pays tout entier, McVeigh, vingt-neuf ans, reconnu coupable le 2 juin d'avoir fait exploser un camion piégé devant un bâtiment fédéral d'Oklahoma City le 19 avril 1995, tuant 168 personnes, a été condamné à mort pour le pire acte de terrorisme jamais commis sur le sol américain.
TUEURS DE FLICS Dès le début de l'enquête, les policiers fédéraux soutiennent que la bombe conienan une charge mêlant du nitrate d'ammonium un compose d'engrais) et de l'essence a indice d'octane eleve. utilisée pour les voitures de course... bref, des produits courants. Les chances d'identification du poseur de bombe paraissaient donc bien minces, quand le hasard offre aux enquêteurs un cadeau sans prix. Ce même 19 avril, vers dix heures du matin, un policier circulant à moto sur l'autoroute 35, menant au Kansas arrête une voiture de couleur jaune, une Mercury Marquis dépourvue de plaque d'immatriculation à l'arrière. Questionnant le conducteur sur ce défaut de plaque, l'agent Charlie Hanger remarque une bosse sur le côté droit de la veste de l'homme. Dans un réflexe rapide, il dégaine son pistolet, pointe l'arme sur le front du conducteur et dégageant le pan de veste suspect, fait apparaître un pistolet de marque Glock, calibre 45. L'arme est d'autant plus redoutable qu'elle est chargée de balles Black Talon, projectiles baptisés «tueurs de flics » par les truands. Le conducteur du véhicule s'appelle Timothy McVeigh. Âgé de 27 ans, il a servi avec le grade de sergent pendant la guerre du Golfe et y fut même décoré. Arrêté pour détention d'arme non déclarée et conduit à la prison Noble County à Perry (Oklahoma), McVeigh est sur le point d'être relâché sous caution -le port d'arme illégale étant un délit mineur- quand des responsables du très puissant ATF, l'organisme fédéral chargé de la répression des trafics d'alcool, de tabac et d'armes à feu, faxent leur veto à cette libération. Ils veulent s'assurer qu'aucune corrélation n'existe entre l'étrange possesseur d'une arme «tueur de flics» et l'attentat du Murrah building. In extremis, la police vient de retenir l'homme qui va devenir le suspect n° 1 dans la tragédie d'Oklahoma City.
L'ETRANGE ATTITUDE DES AUTORITES Au lendemain de l'attentat d'Oklahoma City, une cascade de dépositions et de témoignages contradictoires jeta une lumière crue sur l'incurie des autorités chargées d'enquêter sur la tragédie. • Le juge Wayne Àlley, dont ie bureau fait face au Murrah Building, ne cacha pas aux reporters de VOregonian que des «experts» en sécurité l'avaient contacté quelques jours avant le drame, l'incitant vivement à prendre des « mesures spéciales » pour les jours à venir. • Les avocats de McVeîgh assurèrent détenir l'enregistrement d'une conversation entre agents du FBI évoquant, peu avant le drame, un attentat. Un autre agent du FBI, Frédéric Whitehurst, déclara publiquement que ses services avaient gravement faussé l'enquête par des fraudes d'expertises scientifiques et de coupables négligences. • En dépit de leurs protestations indignées, le travail des sauveteurs professionnels et bénévoles furent longtemps entravé par une cinquantaine d'agents fédéraux chargés de récupérer dans l'immeuble divers cartons de documents.
UN REVE BRISE «Un garçon plutôt solitaire, secret, mais attirant la sympathie par sa gentillesse, un caractère facile et agréable »... telle est la description de McVeigh faite par ses proches. Les deux années de détention préventive dont écope le suspect vont permettre aux psychologues et psychiatres de faire évoluer ce charmant portrait. Interrogés au sujet de leur camarade McVeigh, d'anciens combattants de la guerre du Golfe évoqueront un souvenir précis le concernant. Alors que la plupart des soldats, selon une tradition bien établie, se plaisaient à épingler des photos de «pin-up » dans leur dortoir, McVeigh, lui, avait placé au-dessus de son lit la photo d'un lance-roquettes dernier modèle. Ce détail révélateur amena les enquêteurs à creuser davantage le passé militaire du jeune homme. Et voici ce qu'ils apprirent. Après avoir servi dans le 36e régiment d'infanterie, le sergent McVeigh émit le souhait de faire carrière dans les rangs des Bérets Verts, prestigieuse unité de parachutistes. Il se donna sans compter, suivant avec ardeur un entraînement intensif et éprouvant. Mais il échoua à l'admission. Brisant net ses rêves de gloire, cet échec le mortifia, l'emplit peu à peu d'amertume : sa vie venait de prendre un virage crucial. McVeigh, justicier en révolte, commença à développer une haine solide à l'égard des autorités de son pays. Dans sa paranoïa exacerbée, il se persuada notamment que la CIA et le FBI étaient mêlés à nombre d'assassinats politiques; il lui fut insupportable d'imaginer que les agents fédéraux, échappant à tout contrôle gouvernemental, pouvaient impunément violer les droits constitutionnels des citoyens américains. Baignant déjà la mouvance du Ku Klux Klan, McVeigh se rapprocha alors des sectes aux idées proches des siennes. Il sympathisa avec «Les apôtres de la survie . un cercle d'illuminés connus pour amasser un incroyable stock de vivres et d'armes en prévision d'une apocalypse post-nucléaire prochaine. Pour cette raison, les milices armées des • apôtres » étaient une des cibles privilégiée de TATF. Or cette agence fédérale occupait des bureaux au Murrah Building d'Oklahoma City, immeuble fédéral abritant d'ailleurs d'autres administrations honnies par McVeigh : armée de terre et marine, douanes, défense nationale, DEA et FBI. La date de l'attentat d'Oklahoma coïncidait de plus avec la date anniversaire du raid sanglant mené par le FBI contre le ranch des Davi-diens, àWaco.Voilà donc ce qui, pour la police et la justice, suffisait à justifier un passage à l'acte terroriste en cet endroit précis, et dont l'auteur ne pouvait s'appeler queTimothy McVeigh.
TIMOTHY JAMES MCVEIGH « Complètement dingue »... Cari Breck, une relation de McVeigh, justifia ce jugement lapidaire par la passion des armes à feu nourrie par Timothy, au point de dormir avec son pistolet. Il ne manquait jamais une démonstration d'armes, où qu'elle se déroulât, en vendant lui-même à l'occasion... tout en affichant ses opinions politiques violemment anti-gouvernementales. McVeigh se forgea ainsi très vite la réputation d'un dangereux paranoïaque aux idées extrémistes. Autant de raisons qui permirent aux psychologues d'impliquer McVeigh dans l'attentat d'Oklahoma City.
LA DEUXIEME BOMBE ? Collectées au cours d'une enquête menée tambour battant, certaines preuves appuyant cette présomption de culpabilité sont déroutantes Plusieurs éléments à charge se contredisent, commencer par ceux relatifs à la bombe elle-même. Contestant les premières informations sur la nature de la charge explosive, plusieurs experts présents sur les lieux le 19 avril, firent une déposition unanime : la destruction du Mur- * rah Building n'avait pu être provoqué par le mélange détonnant évoqué au début de l'enquête. Explosant en hauteur, ce mélange ne pouvait creuser un cratère tel que celui découvert à la base de l'immeuble, ni suffire à détruire un bâtiment de neuf étages. Pour ces experts, il aurait fallu pour cela une bombe beaucoup plus avancée technologiquement que celle fabriquée par McVeigh. S'appuyant sur des photos du sinistre, montrant un eparpillement de très lourds débris dans tout le quartier, ces mêmes experts suggérèrent qu'une deuxième bombe avait été placée à l'intérieur du building. À la différence de l'engin supposé fabriqué par McVeigh, cette deuxième bombe aurait pu provoquer une projection de débris vers l'extérieur et concourir à la destruction du building. Cette thèse est accréditée par le témoignages de personnes affirmant avoir entendu une seconde explosion, quelques secondes après la première, mais aussi par un rapport issu du département de géologie de l'Université d'Oklahoma City, dont le sismographe enregistra une deux déflagrations, à dix secondes d'intervalle. Pour établir le bien-fondé de cette piste, il suffisait d'effectuer quelques investigations poussées dans la carcasse noircie du building. Elles n'eurent pas lieu. Pour une raison inconnue, le gouvernement fit entièrement raser ce qui restait de l'immeuble à coups d'explosifs. Une autre révélation tardive est plus troublante encore. La police affirmait que McVeigh était bien l'homme ayant loué la camionnette piégée. Ce recoupement avait été obtenu, aux dires des enquêteurs, grâce à un numéro d'identification gravé sur un essieu de camionnette, retrouvé trois blocs plus loin. Or le directeur de la société Ryder, qui avait loué ladite camionnette, fit savoir après coup que les essieux de ses véhicules ne portaient pas de numéro d'identification. Il était donc impossible de remonter jusqu'à McVeigh par ce biais.
Membre titulaire de la société secrète du Ku Klux Klan, McVeigh milita également au sein des milices privées réparties dans tout le pays, où il fut bien accueilli pour ses opinions d'extrême-droite et ses états de service. Le développement de telles milices a-t-il incité le pouvoir fédéral à une opération d'envergure pour se doter de moyens de lutte légaux?
UN CLIMAT DE TERREUR Dernière révélation : parmi les 168 victimes et les quelque 500 blessés du 19 avril, ne figurait aucun employé de l'ATF. Et pour cause : le personnel -dix-sept hommes et femmes- ne se trouvait pas dans leurs bureaux du neuvième étage au moment de l'attentat. Pour beaucoup, cette coïncidence ne relevait pas d'un pur hasard. Eyde Smith, une jeune femme qui perdit ses deux fils dans le drame, affirma que l'ATF avait eu connaissance du projet de l'attentat; qu'au cours de la nuit précédente, les agents de l'ATF avaient reçu les plus vifs conseils de ne pas venir travailler le 19 avril au matin. Eyde Smith entama même des poursuites à l'encontre du gouvernement afin d'éclaircir ce mystère. Elle reçut rapidement la visite de trois «personnalités» qui lui firent explicitement l'injonction suivante: «Fermez votre g... ». Ce qu'elle fit. L'affaire McVeigh continue de soulever plus d'interrogations que de certitudes. McVeigh n'était-il pas un simple pion, le bouc émissaire d'une opération aux ramifications plus vastes? Pourquoi des officiels auraient-ils laissé perpétrer un tel attentat s'il en avait eu vent à l'avance? L'une des explications possibles est la suivante: en créant un climat de terreur dans le pays, l'attentat permettait de faire accepter une série de mesures antiterroristes (limitation des déplacements, du nombre des associations, interdiction de port d'armes), mesures jusque là impensables au pays des libertés individuelles. De fait, la loi 104-132 instituant une police fédérale chargée d'appliquer ces mesures coerci-tives fut promulguée par le président Clinton le 24 avril 1996. Cette même proposition de loi qui, jugée trop répressive, avait été rejetée quelques mois avant le drame d'Oklahoma City. On avait lu à cette occasion, dans le HaightAsh-bury Free Press, un journal de San Francisco : « Cette nouvelle loi dépouille de toute leur substance les 1er, 4e et 5e amendements de la Constitution; elle donne aux autorités fédérales et à une police secrète des pouvoirs exorbitants menaçant la liberté de tout citoyen suspecté, à tort ou à raison, de nourrir de noirs desseins. » De ces mesures, il ne fut guère question tout au long de l'interminable procès de McVeigh devant la cour de justice de Denver, dans le Colorado. L'accusé, enfermé dans un mutisme total, fut condamné, en juin 1997, à la peine de mort par injection létale. Le procès des frères Nichols, apparentés à la milice du mouvement des Patriotes et co-inculpés dans l'attentat d'Oklahoma, s'est ouvert peu après cette décision. La justice est en marche... ?
LA MONTEE DES MILICES Les milices privées américaines se sont essentiellement développées à partir de 1990, totalisant à ce jour selon des estimations variées, entre dix mille et soixante mille adeptes dans 40 États. En 1995, nombre de ces sectes ont compris que l'implication de McVeigh dans l'attentat allait offrir un prétexte de poids aux politiciens et aux médias pour s'attaquer à elles. D'autres ont été jusqu'à affirmer que l'attentat, plus que couvert fut téléguidé par le gouvernement dans le but de limiter le port d'armes et éradiquer les groupes paramilitaires foisonnant dans le pays.
Bilan de l'attentat: 168 morts et près de 500 blessés. Les secours dépêchés sur place vont être longtemps paralysés par le FBI arrivés en masse sur les lieux : plus de 280 agents !
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