[
http://www.lmsoft.com/]
Légendes Urbaines • Rumeurs d'aujourd'hui
écrit par Véronique Campion-Vincent «t Jean Bruno Renard (Éditions Payot, 1993) évoquent le phénomène récent des auto stoppeuses fantômes avec une lucidité toute scientifique, et le lient naturellement avec les traditions anciennes de «dames blanches».
D'OÙ VIENNENT CES MYSTÉRIEUSES FEMMES VÊTUES DE BLANC QUI HANTENT LES ROUTES DE FRANCE EN FAISANT DU STOP? TOUTES DISPARAISSENT DES VÉHICULES APRÈS QUELQUES KILOMÈTRES ET D'INEXPLICABLES MISES EN GARDE. UNE IRRITANTE ÉNIGME POSÉE AUX TRAQUEURS DE FANTÔMES.
Ce samedi soir de décembre 1979, Michel P. s'en souviendra longtemps. Comme tous ceux qui, sur les routes de France. de Belgique, d'Allemagne, de Suisse, ont eu la chance -ou la malchance -, de prendre a bord de leur véhicule l'une de ces énigmatiques auto-stoppeuses fantômes.
Il est près de minuit. Michel, de tous les amis qui sortent ensemble ce soir-là, est l'un de ceux ayant un véhicule. Il est chargé de «faire le taxi» entre le centre de Limoges, où il habite, et une boîte de nuit située à quelques, kilomètres, sur la route de Naixon. En Haute-Vienne, les hivers sont rudes. C'est dans le frimas et la nuit la plus profonde qu'il effectue son second voyage vers Limoges, quand tout à coup, il aperçoit dans ses phares, à quelques centaines de mètres de la discothèque, une forme blanche plantée dans une virage. C'est une femme vêtue de blanc. Il s'arrête à sa hauteur, et lui demande où elle va. «À Limoges, si ça ne vous ennuie pas, je vais chez des amis»; «Où à Limoges?» demande Michel, Laissez-moi en ville, je me débrouillerai... » précise la jeune fille. L'auto-stoppeuse s'installe à l'avant. Tout en roulant, Michel la détaille du coin de l'oeil et en silence: 20-25 ans, vêtue d'un robe blanche très années 60, très jolie... mais peu bavarde. A l'approche du pont de la Révolution,la passagère s"anime soudain:: • Attention. ce tournant est dangereux " Michel sourit. car ce virage qu'il négocie avec prudence, il le connaît bien. Tout a coup, un cri plaintif le tire de sa concentration: la passagère a disparu. Michel stoppe net sa voiture et, glacé par la peur et la surprise, fait quelques pas autour du véhicule : rien ni personne, sinon du brouillard. La belle inconnue s'est envolée.
À.la gendarmerie de Limoges, où il ira faire une déposition, on lui expliquera qu'il n'est pas le premier à avoir vécu exactement la même aventure... Cette jeune femme fait régulièrement le même trajet ;,en auto-stop, pour disparaître au virage du pont de la Révolution, l'endroit où elle trouva la mort en voiture, vingt ans plus tôt. Comme tous ceux qui vécurent l'aventure, Michel peine à s'en remettre. Plusieurs années après, il n'aime toujours pas en parler. Pourtant, le temps qu'il a passé en compagnie de cet être venu d'ailleurs n'a pas excède quelques minutes. Mais il est des apparitions plus longues
AFFAIRES LOCALES
C'est le cas de la “dame blanche “ du C.H.U de Caen (Calvados). Stoppeuse nocturne, elle apparaît toujours aux abords du même abribus, sur la route de Luc-sur-Mer, juste après le centre hospitalier. Le dernier témoin à l'avoir prise en charge l'a décrite comme une jolie jeune femme d'une trentaine d'années, sobrement habillée de blanc et prétendant rentrer chez elle, à Luc. Pendant le trajet de 14 km le long de cette route,., la D.7, elle conserve toujours le silence. C'est à la traversée du village de Mathieu que la jeune femme se montre fébrile. Puis, à l'entrée de Luc-sur-Mer, la jeune fille s'affole carrément : « Faites attention, le virage est traître ! » Tous les témoins déclarent avoir tenté de la calmer. Là encore, au moment où le chauffeur, après avoir négocié son virage, se tourne vers la passagère, il découvre immanquablement un siège vide.
Cette affaire, qui se renouvelle régulièrement selon le même scénario, est localement très connue. Et il se trouve qu'une jeune femme fut, en 1970, victime d'un accident de voiture mortel dans ce virage alors qu'elle revenait de Caen.
L'auto-stoppeuse fantôme du carrefour de Balleroy (Calvados) apparaît depuis 1960, année où une jeune fille se tua dans une collision à hauteur de ce très dangereux croisement dit de l'Embranchement», situé à quelques centaines de mètres du village, au milieu de la forêt de Cerisy. Ce jour-là, on la ramenait en voiture du village. Elle habitait un petit hameau niché dans les bois. Sa vie fut coupée nette, au carrefour, par un chauffard qui n'avait pas respecté la signalisation. Depuis, on a eu beau refaire plusieurs fois le carrefour, son âme y semble comme chevillée dans un éternel et triste appel au secours. À Balleroy, plusieurs personnes du village l'ont déjà prise en charge. Elle se manifeste toujours par les nuits pluvieuses, à la sortie du village, levant le pouce en direction du carrefour. Elle est immuablement vêtue de blanc et demande à être déposée à un hameau voisin du carrefour, « là où habite sa mère». Elle paraît avoir un peu moins de vingt ans. Invariablement, elle montre des signes d'angoisse et de panique évidents pendant la traversée du carrefour. Mais, l'embranchement passé, elle n'est déjà plus dans la voiture. Sa dernière manifestation a été plus spectaculaire encore que les précédentes. Les deux habitants de Balleroy qui l'ont, cette nuit-là, éclairée de leurs phares l'ont vue non plus inac-tive, debout sur le bas côté, mais debout au beau milieu de la route. Il leur fallut piler net devant ce qui se révéla être encore la même jeune fille, dont la forme s'évanouit dès les portières ouvertes. À force de n'être pas entendue ou comprise, depuis près de 40 ans, cette dame blanche, dont l'appel confus semble venir d'un monde inconnu, paraît devenir plus véhémente qu'auparavant...
RENDEZ-VOUS FANTOMATIQUES
Certains lieux semblent prédestinés à la fréquentation des dames blanches. Il en va ainsi de la lande située de part et d'autre de la D.2, entre Lessay et Coutances (Manche). Cette lande de Lessay a toujours eu mauvaise réputation. Les apparitions de bergers fantomatiques y étaient déjà courantes dans les siècles passés. L'écrivain Jules Barbey d'Aurevilly les a contées en détail. Ce tronçon de route rectiligne, où pratiquement aucun véhicule ne respecte les limitations de vitesse, abrite aujourd'hui deux dames blanches. L'une se manifeste dans les bruyères, par les nuits de pleine lune, depuis des temps immémoriaux! Elle fut, autrefois, victime d'un assassinat. L'autre a été reconnue comme étant Gabrielle R., une adolescente de Lessay tuée en 1970 dans un accident, sur cette même route. Depuis, elle fait de fréquentes apparitions, tendant la main en direction de Lessay à la sortie du village de Le Bingard. Prise en charge, elle dispa raît toujours à l'entrée def Lessay, à hauteur du cimetière. Pour aller déposer en gendarmerie, les automobilistes n'ont qu'un pas à faire: le cimetière devant lequel disparaît Gabrielle, et où se trouve sa tombe, fait face à la gendarmerie.
Parfois, ces êtres fantomatiques sont pris en charge sur le lieu même de l'accident qui leur coûta la vie pour disparaître plus loin. C'est le cas à Plougastel-Daoulas (Finistère). Là, au pont dit de Plougastel, c'est une femme habillée toujours en blanc, qui fait régulièrement de l'auto-stop la nuit, pour disparaître à la sortie du village, à hauteur d'une hôtellerie. Les automobilistes qui ont été raconter leur histoire au village ont toujours formellement identifié .cette femme sur les photographies qu'on leur montrait : l'épouse de l'hôtelier, tuée en 1976 en percutant en voiture la rambarde du pont de Plougastel.
E arrive aussi qu'il y ait plusieurs témoins. La derniere apparition de la jeune fille de Balleroy avait eu deux témoins. A Palavas-les-Flots (Hérault), ils étaient quatre dans la voiture qui, dans la nuit du 20 au 21mai 1981 ,s'arrêta entre
Palavas et Monpellier pour faire monter une auto-stoppeuse d'une d'une cinquantaine d'années, elle aussi tout de blanc vêtue. La voiture n'ayant que ceux portes, il fallut rabattre un siège pour que la femme puisse prendre place entre les deux passagers déjà assis à l'arrière; pas un seul des quatre témoins à bo'rd du véhicule ne remarqua quoi que ce soit d'anormal au contact de cette matérialisation. Quelques kilomètres plus loin, à l'approche d'une courbe, la dame se mit à hurler par deux fois «Attention au virage!», avant de disparaître en une fraction de seconde... sous les yeux effarés des deux passagers arrières !
UN FLORILEGE D'HYPOTHESES
En matière d'apparitions routières, les psychologues parlent de visions épileptiques, voire d'hallucinations collectives si les témoins sont nombreux. Les sociologues parlent en revanche de légendes urbaines, véritable substitut à la vieille mythologie européenne des dames blanches, qui, elles aussi, apparaissent régulièrement, parfois sur des siècles, après être mortes de façon inattendue et soudaine. Or, dans la majorité des cas d'auto-stoppeuses, il ne s'agit pas de légendes. Il y a des témoins, des descriptions concordantes, une victime et, souvent, des dépositions en gendarmerie. Relevons que toutes les brigades de gendarmerie de France ont, devant le flux croissant de ces témoignages, reçu des directives spécifiques et « traitent » ces cas de manifestations comme les phénomènes de maisons hantées ou les apparitions d'ovnis.
Etrangement, c'est toujours une mort violente qui semble conditionner le retour momentané des auto-stoppeuses fantômes, comme si un processus de « départ » ne s'était pas enclenché. Les partisans des thèses naturalistes parlent d'incorporations d'esprits sur les lieux du drame. Voilà une hypothèse bien complexe pour évoquer ces phénomènes dits de revenants (au sens de «revenir» régulièrement là où l'on est décédé sans comprendre sa propre mort). Des parapsychologues développent une autre théorie selon laquelle ces êtres viendraient prévenir des accidents... même si, dans certains cas, on a au contraire constaté qu ils les provoquaient !
Cette carte, établie par Didier Audinot, recense 297 cas d'apparitions régulières de dames blanches. L'enquête a été conduite de façon identique dans chaque département français, mais il apparaît clairement que ces manifestations sont plus fréquentes sur la façade atlantique, en Bretagne et en Poitou. On peut avancer l'idée d'une « sensibilité régionale » au phénomène, la tradition celtique et le contact avec le monde des morts étant l'héritage culturel de ces contrées.
FROID COMME DU MARBRE
Parfois, des contacts physiques ont laissé une impression bien plus désagréable à ceux qui ont eu l'imprudence de tenter de toucher ces apparitions. Ainsi, une auto-stoppeuse fantôme se montre volontiers, de nuit, à la sortie de Château-Bernard (Isère). Voilà plus de trente ans que cette jeune femme se manifeste ainsi, ayant pour caractéristique constante de disparaître lentement sous la forme d'un léger brouillard, et non en une fraction de seconde, comme les autres. En I960, elle fut prise en stop et disparut à un point précis de la route, toujours après avoir* prévenu le conducteur d'un danger. Ce qui, poussa celui-ci à se rendre à la gendarmerie, c'est qu'il avait été un peu entreprenant avec la jeune femme, lui passant la main sur les jambes et, enhardi par l'absence de réaction, sur la poitrine. Il avait alors remarqué que sa passagère dégageait un froid semblable à celui du marbre. Confus, il avait attribué à ses avances la disparition soudaine de la voyageuse et venait demander si on l'avait trouvée sur la chaussée. C'est là un cas unique de contact physique avec l'un de ces êtres fantomatiques, mais dont les atomes et les molécules semblent être aussi bien liés entre eux que ceux d'un vivant.
Parfois, l'être évanescent laisse derrière lui un objet, ou emporte quelque chose pris dans la voiture. Ce fut le cas à Chapareillan (Isère) Là, sur la N. 90, apparaît assez souvent une jeune « dame blanche». Ce soir de 1977, par une pluie violente, c'est un médecin grenoblois qui la prit en charge. Taciturne et très peu loquace jusqu'à un passage délicat de la route, dit Pont-au-Furet, la passagère marqua alors une grande frayeur qui s'estompa avec l'éloignement de l'obstacle. Elle se fit déposer un peu plus loin, devant une maison qu'elle dit être celle de ses parents. Comme il pleuvait toujours des cordes, le médecin lui prêta son parapluie et attendit qu'elle le lui ramène. Il suivit la fille des yeux, la vit franchir la porte d'entrée et la refermer derrière elle. Une bonne dizaine de minutes passant, le médecin se décida à aller frapper à la porte de la maison, pensant qu'on l'avait oublié. Un couple de quinquagénaires lui ouvrit, étorinés d'être dérangés à une heure si tardive. On imagine aisément la discussion qui s'ensuivit : la jeune fille décrite avait bien habité là, mais il y a des années qu'elle était enterrée ! C'était leur fille unique, morte dans un accident de moto... au Pont-du-Furet.
UN MYSTERE NON RESOLU
Chose certaine: ces manifestations sont durables et se répètent toujours aux mêmes endroits. On constate aussi qu'il s'agit de femmes ou de jeunes filles, presque toujours vêtues deblanc. Pourquoi ce costume? On remarque que la plupart des auto-stoppeuses sont mortes au sortir de bottes de nuit. Portent-elles encore les vêtements adap tés aux effets de lumières noires des discothèques? Il faut cependant noter que, parfois, les stoppeuses sont en habit de cuir noir ou brun., casque au bras. Ce sont des victimes de la moto. Dans tous les cas, les revenantes ont été foudroyées par la mort, sans comprendre, et de là vient peut-ètre la persistance de leur présence sur les lieux, comme si elles flottaient, indécises, entre l'existence et le néant. Jouent-elles un rôle préventif, .tels des anges gardiens protégeant les vivants d'accidents de la route? A quel monde appartiennent-elles ? Toutes ces questions restent, pour l'heure, sans réponse.
DIDIER AUDINOT: TRAQUEUR DE FANTÔMES
Féru d'archéologie et d'Histoire, Didier Audinot s'est intéressé
aux stoppeuses fantômes il y a plus de dix ans, quand un membre
de sa famille fut témoin d'une manifestation. Il a depuis constitué
une base de données informatique de ces apparitions.
Comment enquêtez-vous ?
J'ai vu la plupart des témoins personnellement et j'ai vérifié dans les gendarmeries ou les commissariats l'authenticité des témoignages spontanément apportés aux autorités. J'a ainsi constaté que près de 75% des cas étaient répétitifs, se produisaient toujours aux mêmes endroits et selon le même déroulement. J'ai enregistré près de 300 cas, rien qu'en France
De quoi s'agit-il exactement?
On se trouve face à un phénomène identique à celui des dames blanches d'autrefois, hantant encore des lieux où, dans le passé, elles ont trouvé une mort violente, et qui tenter toujours d'interpeller les vivants. Les matérialisations modernes sont, elles, persuadées d'être vivantes quand elles font du stop. Elle veulent rentrer là où elles pensent être attendues. Elle ne prennent conscience de leur état, semble-t-il, qu'à l'approche du lieu qui leur fut fatal.
Quand ce phénomène est-il apparu ?
J'ai découvert que les premières auto-stoppeuses fantômes sont précisément apparues en même temps que l'automobile... et que les premières victimes de la route. Le plus ancien cas que j'ai recensé date de 1907. Pour moi , ces êtres jouent, à perpétuité, le même scénario, là où leurs mannes traînent encore
Comment expliquer le côté très réaliste de ces apparitions ?
Je pense que la “ fraicheur” des matérialisations est lié à la modernité du phénoméne. Ces apparitions s'altéreront certainement avec le temps. Mais , fait étrange, excepté quelques cas isolés comme le moine auto-stoppeur de vendée, seules des femmes victimes d'accidents sont impliquées. Y aurait-il une inégalité entre les deux sexes face à une mort brutale ?
[
./visualiser_la_carte_pag.html]
Visualiser la carte ICI
DES FANTÖMES SUR LES ROUTES DE FRANCE
A voir aussi DIDIER AUDINOT : Chasseur de tresors
Professeur de sociologie à l'université Paul-Valéry de Montpellier.
Jean-Bruno Renard
Véronique Campion-Vincent, attachée à la Maison des sciences de l'homme (MSH) de Paris, est l'auteur, avec Jean-Bruno Renard, de Légendes urbaines et De source sûre, deux essais qui font aujourd'hui autorité sur les rumeurs.
Véronique Campion-Vincent
FANTOMES
Les
Auto-Stoppeuses
Dossiers
[
./grands_mysterespag.html]
ARGUMENTS
[
./des_fantomes_sur_les_routes_de_france_pag.html]
[
./didier_audinotpag.html]