[http://www.lmsoft.com/] Un froid glacial, pas d'oxygène on peut rêver plus accueillant et pourtant malgré ces conditions inhospitalières des observateur avertis affirment que la colonisation de Mars, notre plus proche voisine sera un jour achevée par l'homme. Enquête sur un défi tecnologique...
En octobre 1991, un certain John Powelson, professeur à l'Université du Colorado, adressa un très étonnant courrier au New York Times. Faisant suite à un article dans lequel le quotidien relatait un projet destiné à rendre la planète Mars habitable, cet universitaire révélait dans sa lettre que la Terre elle-même avait fait l'objet d'une semblable opération ! Powelson précisait que des indices de ce programme, élaboré sur Vénus il y a environ 200 millions d'années, venaient récemment d'être découverts dans une grotte du Colorado. «Leur propre planète risquant de devenir inhabitable en raison d'un réchauffement inéluctable, les économistes vénusiens calculèrent la rentabilité d'un programme destiné à viabiliser la Terre, qui était alors totalement aride.» Le projet aurait été mis à exécution grâce à un gigantesque pont spatial destiné à amener sur Terre les habitants de Vénus. «Malheureusement, ils furent tous mangés par les dinosaures, et l'évolution humaine dut repartir de zéro» concluait le professeur. Canular manifeste, cette lettre suscita malgré tout, à sa publication, un abondant courrier de lecteurs souhaitant que Powelson révèle l'emplacement de sa mystérieuse grotte du Colorado...
< La prochaine étape de l'histoire humaine consistera peut-être à quitter notre planète afin d'explorer d'autres mondes. Bien que les problèmes posés par la création de conditions propices à la vie humaine soient énormes, le Britannique Martyn Fogg, connu pour ses thèses en la matière, soutient dans un livre récent que cela est loin d'être impossible... mais avec du temps et de l'argent!
LA VIE SUR MARS ? L'idée à l'origine de cette plaisanterie - rendre Mars, la plus proche des planètes voisines, habitable pour l'Homme- intrigue donc le public: qu'en est-il des possibilités de colonisation d'autres planètes? Pour l'heure, seules deux solutions sont envisageables: soit implanter des «bulles de vie», sortes de zones de résidence autonomes vis-à-vis de leur milieu, soit modifier directement l'environnement lui-même. Le processus de transformation d'une planète «hostile» en un lieu où des êtres humains pourraient vivre et travailler dans des conditions similaires à celles connues sur Terre est appelé par les Anglo-saxons terraforming, mot que l'on peut traduire par «terramorphisme». Comme souvent en matière de projets fantastiques, l'origine de ce concept se trouve dans des oeuvres de science-fiction, notamment dans des livres parus dans les années 1950 tels Pommiers dam le ciel de Robert Heinlein ou Les Sables de Mars d'Arthur Clarke (auteur du célèbre 2001, odyssée de l'espace). L'idée du terramorphisme reçut un début de caution scientifique lorsque le très sérieux magazine Science aborda le sujet pour la première fois, en 1961, évoquant déjà cette possibilité pour la planète Mars. Pourtant, alors que l'Homme n'allait faire ses premiers pas sur la Lune que huit ans plus tard, les scientifiques de l'époque savaient déjà que Mars n'avait rien d'un jardin d'Éden en attente de colonisation. Au contraire, il règne sur cette planète un froid extrême, descendant parfois jusqu'à -120 °C, et l'on n'y trouve ni eau, ni oxygène.
A Une forêt tropicale, un océan, un désert, des marécages et une savane... tel est le monde de Biosphère 2, sorte d'immense serre (encadré) construite dans le désert de l'Arizona afin de recréer un écosystème exportable sur d'autres planètes.
des principaux promoteurs du terramorphis-me, l'Anglais Martyn Fogg, fit état de travaux déjà avancés. Il suggéra, entre autres techniques, l'utilisation d'un «gaz de serre» (le fluorocarbone) afin de réchauffer Mars et de faire fondre la glace qui recouvre en partie sa surface. Problème posé par cette méthode: les colons devraient patienter quelque 21 000 ans avant que des conditions de vie acceptables ne soient atteintes! D'autres «visionnaires» proposent en revanche de recourir à d'immenses miroirs qui, placés en orbite de Mars, pourraient réchauffer la planète suffisamment rapidement pour que l'Homme puisse s'y installer en 50 ans à peine. Enthousiaste, un ancien administrateur de la NASA déclarait à ce propos: «Apprendre à vivre de ressources locales, sur une planète pourvue d'autant de richesses que Mars, doublera la superficie totale disponible pour la vie et encouragera nos descendants, dans un siècle futur, à coloniser d'innombrables planètes». Quant à Arthur Clarke, dans un ouvrage inédit en France (The Snows of Olympus), il a donné corps à sa vision du terramorphisme en «habillant» d'un graphisme informatique des photographies de la planète rouge, prises par la sonde américaine Viking en 1976. Résultat de ce travail : une remarquable série d'images traçant la transformation progressive de Mars en une planète verdoyante... et habitable. La migration vers des milieux d'abord inhospitaliers et leur colonisation connaissent plusieurs précédents dans l'histoire terrienne. Aux États-Unis, par exemple, quelques siècles seulement d'évolution climatique ont suffi à transformer un désert du Nebraska en une plaine arborée. Et les Israéliens n'ont-ils pas fait du Neguev, l'une des étendues les plus arides du Moyen-Orient, un verger plus que productif? Si les scientifiques parviennent à modifier l'atmosphère de Mars, cette planète actuellement inhabitable pourrait très bien accueillir, elle aussi, la vie... Envisageable, le terramorphisme n'en demeure pas moins à un stade théorique. D'où l'intérêt d'une extraordinaire expérience menée pour simuler la création d'un environnement artificiel: le programme Biosphère 2.
Mais peu importent ces conditions particulièrement inhospitalières pour notre espèce. Les craintes d'un réchauffement de la Terre et la peur de cataclysmes écologiques majeurs incitent malgré tout scientifiques et romanciers à plancher sur les possibilités d'une «greffe» de la vie terrienne sur Mars. En 1992, l'un
LA PLANETE ROUGE EN VERT
En 1969, les astronautes posèrent pour la première fois le pied sur la Lune. Si tout se passe bien, d'autres parviendront peut-être jusqu'à Mars au début du siècle prochain.
Joël Cohen, de l'Université Rockefeller de New York, et David Tillman, de l'Université du Minnesota, tous deux participants actifs aux recherches conduites sur Biosphère 2, sont certains qu'il est pour l'heure impossible de s'installer sur d'autres planètes. Dans la revue Science de novembre 1996, ces deux chercheurs examinent les leçons à tirer de l'expérience Biosphère 2. Nous ne disposons pas à ce jour de moyens de maintenir ailleurs la viabilité existant sur Terre. Personne ne sait comment construire des systèmes capables de fournir aux êtres humains les services nécessaires à la vie, services que les écosystèmes naturels produisent gratuitement », concluent-ils. « Malgré ses mystères et ses dangers, la Terre reste le seul endroit connu où la vie puisse subsister». D'autres universitaires, tel le biophysicien Robert Haynes (photo)/ inventeur d'un autre terme pour terra-forming -écopoièse-, restent optimistes. Haynes pense que des vols habités vers Mars auront lieu au siècle prochain. Quant à la possibilité de « terraformer » cette planète, ce scientifique fait la prophétie suivante : « II se peut que la propagation de la vie, depuis la Terre vers d'autres planètes, soit la mission de notre espèce dans l'univers. »
RENDEZ-VOUS AU SIÈCLE PROCHAIN !
Joël Cohen
Dossiers
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Robert Haynes
BIOSPHÈRE 2 Biosphère 2 laTerre étant Biosphère 1 est une énorme serre réfrigérée couvrant 1,5 hectare du désert de l'Arizona. À l'intérieur de Biosphère 2 ont été créés différents biomes (milieux naturels autosuffisants): prairie, forêt tropicale et mangrove, ainsi qu'un océan miniature (100 m de long et jusqu'à 7 m de profondeur) agrémenté d'un récif de corail et d'une plage de sable blanc. Quelque 3800 espèces végétales et animales occupent l'espace de Biosphère 2. C'est un richissime homme d'affaires du nom d'Ed Bass qui, pour un coût de 200 millions de dollars, construisit cette installation au cours des années 80. Le projet souleva de formidables espérances. On pensait que Biosphère 2 pourrait nous apprendre comment créer des écosystèmes terriens sur d'autres planètes. En 1991, Biosphère 2 était fin prête. Huit «biosphériens» -quatre hommes et quatre femmes, âgés de 29 à 69 ans et de trois nationalités différentes- investirent l'installation sous la direction de John Allen, ingénieur et économiste diplômé d'Harvard placé à la tète d'un budget de 750 millions de dollars. Les portes de Biosphère 2 furent ensuite scellées pour deux ans. Objectif: savoir si Biosphère 2 pouvait fournir suffisamment de nourriture., d?eau et d'air à toute l'équipe pendant ce laps de temps. Mais hélas les choses se gâtèrent assez vite : l'oxygène tombait à un niveau dangereusement bas, alors que la concentration de gaz carbonique montait en flèche. Ces conditions favorisèrent le développement excessif de certaines plantes alors que d'autres, notamment celles nécessitant une pollinisation, dépérissaient. Parallèlement, les cafards et les fourmis proliféraient à grande vitesse. L'équipe de biosphériens décida de battre en retraite courant 1993. L'année suivante, un nouveau groupe de scientifiques profita de l'endroit pour étudier les effets d'une augmentation de la teneur en gaz carbonique dans l'atmosphère terrestre. La vocation de Biosphère 2 changeait du tout au tout: au lieu de créer un environnement viable pouvant être exporté sur une autre planète, on travaillait à améliorer les conditions de vie sur la Terre. Pour l'instant, il n'est plus question d'enfermer dans la biosphère un autre groupe de candidats à la survie.
LE GRAND VOYAGE Mais le rêve de Mars n'est pas mort. La NASA a déjà dressé des plans détaillés pour un vol habité jusqu'à la planète rouge. D'ailleurs, deux rusées dotées de «boosters» nucléaires et emportant chacune un équipage de six personnes auraient pu décoller en novembre 1981 et arriver sur Mars au mois d'août suivant. Elles y seraient restées 30 jours avant de regagner la Terre en août 1983. Ce projet ne se réalisa jamais: le public s'intéressait de moins en moins à l'exploration spatiale d'une part, et d'autre part le coût et la complexité d'une telle expédition étaient pharaoniques. Pourtant, la fascination pour la colonisation spatiale reste vivace à la NASA, où l'on poursuit des recherches sur des technologies avancées d'un vaisseau spatial permettant de gagner Mars facilement. L'astronaute Buzz Aldrin a évoqué une liaison régulière pouvant assurer le voyage aller-retour en 26 mois: ce vaisseau spatial utiliserait la pesanteur durant le trajet entre les deux planètes et resterait en orbite de Mars pendant que le fret et l'équipage seraient expédiés au sol. De tels projets n'existent pour l'instant qu'à l'état d'ébauche. Mais l'Homme a beaucoup appris en analysant les échecs de tentatives antérieures pour atteindre la planète rouge: en 1992, la sonde américaine Mars Observer disparaissait dans l'espace alors qu'elle cheminait vers Mars; en novembre 1996, la sonde russe Mars 96 s'arrêtait à mi-course, devenant ainsi le onzième échec russe en matière de vol inhabité vers Mars. La NASA a récemment eu plus de chance avec sa mission Pathfinder et son désormais célèbre petit robot Rocky, à qui l'on doit de superbes images mais aussi d'inestimables données géologiques sur la planète rouge. Nous sommes désormais sur la bonne voie, même si la réussite d'un vol habité est autrement problématique. Le principal obstacle réside bel et bien dans la possibilité de séjourner durablement sur Mars, puis, si possible de la rendre vivable par un projet de type Biosphère ou de terramorphisme... méthodes, on la vu, qui restent à améliorer.
Album photo de la planete mars
Une image de synthèse suggérant sur la base des recherches effectuées par Arthur Clarke, ce que le terramorphisme pourrait faire de Mars vers l'an 4000. Ce document a été composé à partir des données topographiques réelles de Mars.
À 26400 m d'altitude, le mont Olympus est le plus grand volcan du système solaire. Actuellement inactif, ce volcan rejeta par le passé toutes sortes de substances chimiques, y compris de l'eau, ce qui semble indiquer que la vie a bien existé sur Mars. Hypothèse confirmée par Pathfinder.
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