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En 1991, Gary Murray décide d'inclure un nouveau chapitre au livre qu'il prépare sur l'activité des services secrets britanniques. Il cherche à cerner la vérité sur une mystérieuse unité paramilitaire connue sous le nom de «Groupe 13». Quelques rares témoignages lui donnent à penser que non seulement le Groupe 13 n'est pas un mythe, mais que ses agents exécutent les plus basses besognes du royaume. Exécuter semble être le mot car d'après les éléments en sa possession il s'agit bien de missions criminelles, essentiellement des assassinats à la demande des autorités de l'Etat. Lui-même spécialiste des missions d'infiltration (il a notamment collaboré avec le contre-espionnage anglais), Gary Murray se sent capable de faire toute la lumière sur cette unité fantôme. Ses ennuis commencent ici. Il se rend un jour, à pied, à un rendez-vous avec un informateur. Il se sent brusquement empoigné et poussé de force dans une camionnette en stationnement. Le rapt sera de courte durée: un homme pointant un revolver sur sa tempe va lui expliquer, brièvement mais clairement, qu'il serait très idiot de s'intéresser au Groupe 13. Passablement refroidi, Murray décidera finalement de faire l'économie d'un chapitre susceptible de lui coûter la vie.
et aux Pseudo Gangs opérant au Kenya dans les années 1950. Les Ghost Gangs étaient formés d'Arabes, intègres à l'armée britannique et détachés de leurs régiments pour des " missions spéciales" en Palestine. Quant aux Pseudo Gangs il s agissait de commandos britanniques charges d'infiltrer les indépendantistes kenyans, les féroces Mau Mau. Généralement, une fois les positions ennemies identifiées, ces gangs opéraient un raid nocturne et éliminaient les "cibles" dans leur sommeil .”
Les opérations du SAS en Grande-Bretagne, comme l'attaque de l'ambassade d'Iran, à Londres, investie par des dissidents iraniens armés en 1980, doivent se conformer à des directives strictes. Le recours à une « force excessive » peut en effet entraîner des poursuites judiciaires impliquant le gouvernement. D'où l'intérêt de structures non officielles, tels les escadrons de tueurs expérimentés du Groupe 13, qui n'ont pas à s'embarrasser d'un tel contrôle. En un mot, des actions hors la loi, mais pour le droit...
LES FAITS SE PRECISENT
De nouvelles informations sur le Groupe 13 vont apparaître, en février 1996, à la suite de la publication du rapport Scott sur l'affaire des ventes d'armes illicites à l'Irak. Au cours d'une interview , Gerald James, ancien PDG d'Astra Holding Pic -l'un des fabricants de munitions impliqués dans ce trafic bravant les directives de l'ONU-, raconte comment il fut évincé du conseil d'administration d'Astra, six ans plus tôt. Il allègue à cette occasion que son départ fut orchestré par un ancien membre du Groupe 13, bénéficiant de contacts très hauts placés dans les milieux du renseignement et gouvernementaux.
Ces déclarations sont confirmées par un rapport officiel, du 5 février 1992, présenté dans le cadre de l'enquête parlementaire sur les ventes d'armes à l'Irak à la Commission du Commerce et de l'Industrie de la Chambre des Communes (la Chambre des députés anglaise). S'appuyant sur des « sources fiables », Gerald James y révèle que le Groupe 13 est «apparemment un escadron d'assassins travaillant sous contrat pour le Foreign Office (i.e. les Affaires Étrangères; et les services secrets. Peu avare de confidences. James fera paraître par la suite un livre explosif, truffé de révélations sur l'implication des milieux gouvernementaux dans la fourniture d'armes à l'Irak de Saddam Hussein. Dans ce livre, publié en 1995, il précise «que le Foreign Office recrute des agents pour le Groupe 13 parmi les soldats du Spécial Air Service (SAS), ainsi qu'auprès
de firmes privées de sécurité.» Il ajoute que les attributions du Groupe 13 comportent «le genre de services que seuls des officiers du SAS, expérimentés et sans scrupules, peuvent effectuer pour le compte de la nation. »
LA TRACE DU GROUPE 13
La position de l'auteur de ces lignes balaie tous les doutes: ce fameux groupe existe bel et bien et,malgré l'épais écran de fumée entourant son activité, on peut avancer plusieurs hypothèses relatives a ses cibles supposées». On cite notamment le meurtre d'un journaliste spécialisé dans les questions de défense, Jonathan Moyle, tué dans une chambre d'hôtel a Santiago du Chili, en mars 1990, alors qu'il recueillait les preuves de l'existence d'une filière britannique de vente d'hélicoptères au gouvernement irakien. Si l'on ne retrouva jamais les tueurs de ce journaliste, des documents issus de la CIA et déclassifiés par le Département d'État américain révèlent que, peu avant sa mort, l'hôtel de Moyle recevait régulièrement la visite de deux hommes connus pour leurs liens avec les services secrets de sa Majesté. Autre opération attribuée au Groupe 13: l'assassinat de Yvonne Fletcher devant le Bureau Populaire de Libye à Londres, en 1984, abattue selon des techniques que l'on sait pratiquées par les tireurs d'élite du SAS. La référence faite au Foreign Office par Gerald James indique clairement un lien avec le MI 6, les services secrets britanniques. Plus connus sous le terme de Secret Intelligence Service -les amateurs de films de James Bond auront reconnu l'appellation- le MI 6 relève effectivement de la diplomatie anglaise. Il se pourrait que ces agents ayant «licence pour tuer» aient troqué le smoking et le noeud papillon du célèbre « 007 » pour rejoindre le Groupe 13 et évoluer vers des missions plus clandestines et bien moins nobles. La plupart des spécialistes conviennent que cette unité s'est formée, dans les années 1970, sous l'impulsion du gouvernement travailliste de l'époque. Son ossature reposerait sur d'anciens militaires du SAS et divers agents du Renseignement ayant opéré en Irlande du Nord.
REALITE OU FICTION?
Dans un best-seller d'outre-Atlantique, The Nemesis File (Le Dossier Némésis), Paul Bruce révèle sans honte qu'il fut membre d'un escadron de tueurs du SAS ayant « ciblé » des sympathisants de l'IRA en Irlande du Nord. D'après ses dires, son escadron fut chargé d'exécuter une trentaine de personnes, de 1971 à 1972, lui-même totalisant 13 de ces victimes.
Confrontés à ces allégations, les chefs du SAS démentirent catégoriquement que Bruce ait jamais appartenu à ce régiment. En août 1996, Bruce fut arrêté dans le cadre de la législation anti-terroriste et transporté en avion, de son domicile du Somerset (Grande-Bretagne) à Belfast pour interrogatoire. Trois jours plus tard, la Royal Ulster Constabulary (RUC), l'administration royale en Irlande du Nord, publia un communiqué indiquant que Paul Bruce avait reconnu que ses révélations étaient « une oeuvre de fiction ». Certains observateurs restent toutefois persuadés que cette rétractation fut arrachée à Bruce au moyen d'importantes pressions.
LA PISTE IRLANDAISE
Corps d'élite, le SAS fut créé au cours de la Deuxième Guerre mondiale pour conduire, derrière les lignes ennemies, des opérations combinant actes de sabotage et assassinats. Ce corps ne sera pas dissous après la victoire. En 1969, le SAS déménage en Irlande du Nord: priorité aux actions clandestines contre TIRA. Afin de couvrir son déploiement dans une zone aussi sensible politiquement, ses agents devront se faire passer pour des «équipes d'entraînement», affublées d'appellations variables durant leurs années d'activité: Military Reconnaissance Force, 14'1' Intelligence Unit, et Four Field Survey TrooplRoyal Engineers (FFST).
Fred Holroyd, ancien capitaine des services du Renseignement militaire de l'armée britannique, servira en Irlande du Nord au cours des années 70. Sa mission: créer un réseau d'informateurs et activer tout contact relatif aux terroristes de TIRA. Il s'agit d'un travail dangereux, rendu encore plus délicat par les luttes intestines opposant MI 5 (le contre-espionnage) et MI 6, tous deux présents en Irlande du Nord. Interrogé par FACTEUR X, Holroyd a confirmé que le FFST était bien la couverture d'une unité clandestine du SAS, basée auprès des Royal Engineers stationnés à Castiledillon, dans le comté d'Armagh. Néanmoins, il ne pense pas que cette unité soit par la suite devenue le Groupe 13.
LA CONNEXION AMERICAINE
Plusieurs faits indiquent que les groupes de tueurs des services secrets britanniques établirent des liens avec leurs homologues aux États-Unis.
• L'Américain Olin Grabble, universitaire en retraite, souligne que
la NSA (National Security Agency) entretient une cellule ultra-secrète d'agents « noirs », et que cette unité s'appelle I-3. Certains observateurs y voient un lien évident avec le Groupe 13 britannique.
• Ancien agent de la CIA, Gène Tatum assure avoir été membre d'un service actions portant le nom de Pegasus, basé en Amérique mais rayonnant dans le monde entier. Les contrats traités par Pegasus portèrent généralement sur des hommes politiques ou d'importants financiers. Interrogé par FACTEUR X à propos du Groupe 13/ Tatum s'est borné à préciser que l'antenne britannique de Pegasus , active durant les années 1980, relevait alors d'un haut fonctionnaire de la Couronne.
DERNIERES REVELATIONS
À la suite de la victoire électorale du parti travailliste, en 1974, se propagea une rumeur selon laquelle un coup d'état imminent devait être per- jgj pétré par des groupes nationalistes travaillant -v sous couvert des pouvoirs publics. Objectif du complot: abattre le Premier Ministre Harold Wilson, considéré comme un communiste aux ordres de Moscou, et donc maintenir la Grande-Bretagne hors des griffes soviétiques. Plusieurs de ces groupements furent identifies, notamment le GB75, dirigé par David Sterling, le fondateur du SAS. Officieusement, ce GB75 jouissait de contacts étroits et du soutien des services du Renseignement de Grande-Bretagne.
Autre groupe identifié: le Résistance and Psychological Opérations Commutée (RPOC), fondé en 1970. Selon l'un de ses anciens membres, le RPOC était doté d'un réseau clandestin appelé à former un mouvement de résistance au cas où la Russie envahirait la Grande-Bretagne. Avec l'approbation tacite du * gouvernement conservateur de l'époque, lew RPOC avait pris conseil auprès de l'appareil de sécurité anglais, et «entretint des liens étroits avec les militaires du SAS». Peu de choses ont transpiré sur ce réseau RPOC, excepte une publication d'un certain Ranulph Fiennes, explorateur de l'Arctique mais en son temps membre du SAS. Fiennes révéla l'existence d'un groupe d'anciens du SAS. constitué par David Sterling et ayant pour mission de protéger tout agent du SAS. Fiennes expliqua avoir lui-même bénéficié de ce ¦ service après-vente », et qu'une équipe de tueurs free-lance chargée de l'abattre avait été «'écartée'» par le RPOC.
Sans que ce soit une certitude, il est vraisemblable que les hommes de GB75 et du RPOC forment le socle du Groupe 13. Entre autres points communs: la responsabilité d'assassinats politiques en Irlande du Nord et ailleurs, et un programme d'extrême-droite.
Le siège du Ml 6 à Londres, situé sur la rive gauche de la Tamise. Officiellement en charge des menaces extérieures à la sécurité nationale, le Ml 6 empiète parfois sur le terrain de son alter ego du contre-espionnage, le Ml 5. Selon l'ancien PDG d'Astra, Gerald James (encadré a gauche), le Ml 6 est connecté aux escadrons noirs du Groupe 13.
«Pas précisément. Mais je sais qu'il ne date pas d'hier. Il remonte sans doute à l'époque des Ghost Gangs (gangs fantômes) de Palestine
Connaissez-vous les origines du Groupe 13 ?
“ Aux alentours de 1970 ou 1971.
Il était certainement actif en 1974, quand je me suis rendu en Irlande du Nord. Mais je suis obligé de dire que, durant mon séjour, je n'ai pas personnellement eu connaissance d'assassinats perpètres par le Groupe 13.»
À quelle époque le Groupe 13 s'est-il constitué?
FRED HOLROYD
Officier du Renseignement militaire en
Irlande du Nord au cours des années 70,
Fred Hoiroyd eut des contacts réguliers
avec les services secrets... Expériences
qu'il a consignées dans un livre (non
traduit en France) au titre évocateur :
War Without Honour (Guerre sans honneur)
Des militaires du fameux SAS, groupe de forces spéciales dont la devise est «Qui ose vaincra» (écusson a droite), auraient été employés de façon illicite par les services secrets britanniques en tant que super-tueurs à gages.
D'ANCIENS MILITAIRES DES FORCES SPÉCIALES DEVENUS ASSASSINS À LA SOLDE DE L'ÉTAT?
l'histoire du mystérieux Groupe 13 est anglaise, mais elle témoigne sans doute d'une pratique généralisée. édifiant.
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